REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse

Bref commentaire à propos d'Ysé, ce personnage de Claudel, dans ce qu'en dit Lacan et puis C.Soler.


 


 

Bref commentaire à propos d'Ysé, ce personnage de Claudel, dans ce qu'en dit Lacan et puis C.Soler.


 


 

« Ainsi, la splendide Ysé, avec son beau rire et toute sa malice juvénile, nous fait-elle apercevoir un horizon plutôt funeste, où règne l'aspiration mortelle qui rompt tout lien humain, qui efface les hommes qu'elle aime (...) au nom d'un voeu proprement abyssal, d'un vertige de l'absolu dont l'amour et la mort ne sont que les noms les plus communs, et pour lesquels celui de jouissance ne serait pas mal venu » 1C.Soler

Mais ne croyez-vous pas que les hommes aussi ne peuvent être qu'insatisfaits de ne pas trouver dans leur amour ce qui n' échoirait pas de cette néantisation ?
Les hommes, mâles, heureusement, ne peuvent se supporter finalement dans leur désir d'un amour, d'un objet d'amour ne répondant pas de ce néant.


L' « abîme » » a pour eux autant d'attrait que pour ce personnage- Ysé- de Paul Claudel, dans "Le partage de midi", pour qui Dieu s'est retiré, qui sait pour elle-même qu'elle ne veut plus de ce rempart, qui dans l'histoire et les générations a limité sa volupté et son esprit, et qui, cette femme, incorruptiblement à son dépens, se tourne vers l'homme pour expurger son mal, vivre sa tentation, sa subversion secrète dans ce qui ne la retiendrait plus, et qui, cette femme, la livre absolument entière, à la perte pour y goûter la mort : néantisation.
« Elle n'ose vouloir- au sens de la volonté assumée- ce qu'elle désire au sens de l'inconscient, comme Autre »2

C'est ce qu'elle veut pourtant au titre de cette fascination du gouffre « inhumaine et parente de la mort »3.

Il faut dès lors que l'autre, qui la voit, la décèle - la décèle aussi du socle qui l'attache, comme une statue prisonnière - et pourvoit à la dérober à cette volonté inavouée, à ce frein la retenant, car à la « mort », comme à la jouissance, il est interdit d'y aller seule, il faut en effet le miroir de l'amour pour franchir ce Rubicon car « Seul l'amour permet à la jouissance de condescendre au désir »4
Quelques mots justes, quelques gestes pour la déboutonner, la décapitonner, qu'elle puisse alors à ses mains, à son corps et à sa bouche s'évader, se fluidifier, et démentir par elle, la castration, le règne tout puissant de l'homme.
Elle jouit d'autre chose, d'autre chose que le phallus que lui n'a pas. Et elle aussi, lui donne, son être, perdu, qu'elle n'a pas.
« Ce n'est pas la trahison qui chez Ysé, fait la marque propre de la femme. Sans doute trahit-elle, mais non pas un objet pour un autre, un homme pour un autre ; plutôt : tous les objets qui répondent au manque qu'inscrit la fonction phallique, au profit de l'abîme. Ce trait de néantisation, quasi sacrificielle, est la marque propre qui désigne le seuil, la frontière, de la part pas du tout phallique, du pastout, Autre absolu. »5


 

Ne croyez-vous pas que cet amour de l'absolu qu'elles aiguillonnent, les femmes qui sont des femmes, il y en ait aussi pour l'homme ?

Car tout regard de ce désir d'un homme qui la surprend à la frontière de ce qu'elle les « trahirait » pour l'  « abîme », -ce pourquoi, elle serait menteuse à l'homme- implique de celui-ci qu'il ait pu voir en elle la brèche, par où, retenue encore, elle n'ose seule s'aventurer, sans lui, et se fendre, prête à tout donner... sans qu'elle puisse se l'avouer, de peur, de cette terrible peur de rencontrer en lui sa mort, et dans cet homme, celui qui par inadvertance, car c'est toujours par inadvertance, la fera mourir, à qui elle imposera sa castration, le destituant aussi de n'être pas tout.

Elle attend de succomber, qui sait du temps qui passe, déjà flétrie, déjà vieillie, presque morte, celui qui pourra l'emporter.


Le malheur et le péché des femmes, c'est l'horloge qu'elles ont en elles, l'implacable certitude en elles du temps évanouissant qui passe, à la mesure de  leur cycle qui fait qu'elles ne peuvent  indéfiniment attendre. Alors, toujours en ce silence inavoué, elles appellent qui sait, saura, pourra répondre pour contredire cette morsure du temps.


Les hommes, pourraient ne voir que les hommes, et vivre sans le temps, seulement à travers les coups qu'ils donnent. Mais elles, dans leur jeunesse et dans leur fougue qui n'a de cesse de combattre le déroulement du temps, elles les attrapent, les hommes, et elles les forcent à voir, à reconnaître l'éternité qui fuit.



Alors, comme elles aussi, les hommes sont ramenés à la courbure, au plis du temps, et ils sont pris à se pencher sur elles, comme ce qui leur manque, tels des rameurs au travail de souquer ferme, qui veulent à tous prix  les rejoindre pour la couleur folle, l'ivresse infinie et le rire franc avec lesquels dans ce semblant, elles apparaissent parvenir à déjouer le temps.


Le manque qui se poursuit depuis que la race humaine parle, n'a d'autre objet que cet horrible éloignement du temps dans l'infini de son écoulement, l'agression de la mort, que les femmes savent en tout premier quand les hommes, eux, stupides et ignorants, se croient encore pourvus.

Les femmes comme Ysé, prennent toujours les devants, même si elles se taisent, elles n'en savent pas moins, et laissent les hommes, à leurs propres jeux, causer comme des enfants.

Elles se tiennent à cette distance de se savoir toujours un peu ailleurs, ne marchant pas tout a fait avec eux qui ont beau dire.

Elles se tiennent un peu à l'écart, un pas de côté, espèrent néanmoins que quelque chose arrivera.


 

Pour les avoir vues dans ce désert où elles se sustentent et où elles ont replié les dieux, le "Dieu" des hommes, ceux-ci, sous le regard de ces femmes au bord de la toise, juvéniles et insouciantes, feignant de croire aux conneries des histoires des hommes, ils courent après.


 

Ils savent aussi, que leur vérité est là.


Daniel DEMEY

6 avril 2013

 

1C.Soler in « Ce que Lacan disait des femmes » pg 25

2 ibid

3 (cité par C.Soler ibidem) Ce sont les termes que Lacan applique à la vérité elle-même.

4 Lacan, séminaire X, l'Angoisse pg 209, ed du Seuil

5 ibid




 
 
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