REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse
Du Désir de la Mère comme premier signifiant du Réel

INTRODUCTION
 

Le DM (Désir de la Mère) est une véritable articulation pour toute compréhension du discours analytique et l'abord d'une éthique de la psychanalyse lacanienne se souscrivant du Réel.

Ce DM, C.Soler l’aborde dans son cours « Humanisation ? »

« Mère, au fond c’est le nom du premier réel, DM c’est le nom du premier trou produit par l’opération de vidage par le signifiant. Quand elle se produit, le manque fait son entrée sous la forme du manque qui reste à la mère malgré la présence de son enfant.»

"Un manque qui la tourne vers, la destine pour le réel de sa jouissance sexuelle de corps, pour son issue à elle comme fin et comme faim de désir et de jouissance dans et avec le support d’un autre."

D.Demey

Ce qui nous renvoie à :

« L’homme sert ici de relais pour que la femme devienne cet Autre pour elle-même, comme elle l’est pour lui » J;Lacan « propos directifs pour un congrès sur la sexualité féminine » Ecrits pg 732

 

Je le souligne, car de m’aventurer dans l’écriture (petite) de ce texte, je ne connaissais pas ce passage de J.Lacan ni l’ article remarquable de Jelica Šumi? Riha* 

Publié en 2010, cet article croise en partie la lecture que fait C.Soler de Lacan et livre des sources dont l’épine, l’éperon, la pointe du discours psychanalytique ne peut se passer dans l’optique d’une clinique dont l’éthique est le Réel.

Car la question soulevée dans bien des débats qui animent la psychanalyse est de se demander sur quoi porte l’écriture.

La thèse que je développe et que reprend ce court extrait est que c’est de cette jouissance Autre, dite féminine ou supplémentaire, jouissance du consentement des femmes à tenir la position logique de la place côté femme, mais pas sans le rôle d’un homme pour y pourvoir, que l’écriture à partir de la lettre survient, que de ce Réel très particulier de l’entraperçu de cette jouissance, se destine le Symbolique dans une articulation avec le désir, faisant destin d'un sujet.

Une autre thèse à développer, est que la structure est immanente à un « amour qui se fait » et que tout ce que l’on projette dans la question de la « régulation nécessaire» du désir, loin d’être appendue à l’Autre dans le signifiant, est une propriété ouverte par cette jouissance et relève du bord à bord d’un corps à corps, avec lequel le destin amoureux de deux symptômes, délivre l’une de l’horreur sinon de l’Un, et l’Un de la noyade au gouffre de l’autre.

 

L'écriture mystique ou la « jouissance d'être - dLib.si

www.dlib.si/stream/URN:NBN:SI:doc-O293HZPP/6bac4011.../PDF

 

Du Désir de la Mère, comme premier signifiant du Réel

 

« Le signifiant est dans l’Autre, déjà là. Eh bien non, pas celui-ci. Il (le DM, désir de la mère) n’émerge que si, à partir d’une cellule langagière, de signifiants eux qui sont dans le lieu de l’Autre tout comme père ou mère, cellule dont le minimum est illustré par le couple de phonèmes Fort-Da, il n’émerge donc que si, cette cellule signifiante produit un effet de symbolisation de l’absence de la mère. Mère, au fond c’est le nom du premier réel, DM c’est le nom du premier trou produit par l’opération de vidage par le signifiant. Quand elle se produit, le manque fait son entrée sous la forme du manque qui reste à la mère malgré la présence de son enfant.»

 

Un manque qui la tourne vers, la destine pour le réel de sa jouissance sexuelle de corps, pour son issue à elle comme fin et comme faim de désir et de jouissance dans et avec le support d’un autre.

Jouissance pour l’oubli que représente cette jouissance de corps à corps (dans l’orgasme notamment) et dont on pourrait dire qu’elle fait revenir au Réel de la mort du « sujet » mais dans une traversée porteuse d’envie et de vie..

Ce n’est pas pour rien qu’il faut rattacher au DM, la parole de Lacan dans le séminaire Encore à propos de la jouissance féminine :

« Il y a une jouissance [...] au-delà du phallus. [...] Il y a une jouissance à elle, à cette elle qui n’existe pas et ne signifie rien. Il y a une jouissance qu’elle éprouve – ça, elle le sait. Elle le sait, bien sûr, quand ça arrive. [...] Il est clair que le témoignage des mystiques, c’est justement de dire qu’ils l’éprouvent, mais qu’ils n’en savent rien. [...] Cette jouissance qu’on éprouve et dont on ne sait rien, n’est-ce pas ce qui nous met sur la voie de

l’ex-sistence ? » 1 « Et pourquoi ne pas interpréter une face de l’Autre, la face Dieu, comme supportée par la jouissance féminine ? »2

 

Jouissance de et dans la connaissance 3du « comme cette autre face de Dieu »,trou dont surgit « la Création » et qui est pour cela ce lieu indicible de l’origine  du monde.(voir aussi le tableau de Courbet dont Lacan n’a pas été le propriétaire pour rien)

 

Indicible dont Lacan dit (cité par C.Soler) : « l’approche de l’indicible fait mot.(pg 76) »

 

Le DM comme premier signifiant de Réel, écrit donc le « trou », celui de la jouissance, comme un signifiant. (Le Phallus, comme signifiant du manque dans l’Autre)

Le dire de la mère à son enfant (qu’on dise reste oublié…) porte la jouissance sexuelle qu’elle trouve et puise ailleurs comme « rapport sexuel qui n’existe pas » dans son désir.

 

De ce désir qui ne va pas sans le manque, sans la castration mais dont la jouissance -car il faudra un jour parvenir à parler de la castration comme une jouissance- se vit dans et comme cette « jouissance Autre, dite féminine ».

Comme vécu du trou et de sa traversée.

 

Raison aussi pour laquelle on considère que l’enfant est l’objet a de la mère.

 

C’est donc de l’expérience propre à la mère de jouir, d’une connaissance à elle, vécue depuis ce qui se supporte de l’autre (son partenaire sexuel) mais aussi depuis l’indicible savoir de la gestation et de la « délivrance » qui est cet autre nom de la parturition, de ce qui sort « du trou » comme création, que dans le signifiant se réalise l’opération dite « de vidage du signifiant ».

 

La perte telle que l’on définit que nous sommes des exilés de la langue, que l’entrée dans le langage est une perte (métaphore du Chassé du paradis), est un effet de jouissance dont le dire est la voix. Voix par laquelle le « bébé » est touché. Lalangue de la mère fait tuché sur le corps de l’enfant.

 

Le dire (qu’on dise reste oublié…) comme pulsion invocante est une reprise de l’onomatopée de la voix du corps jouissant.

Le dire contient, comporte cette jouissance comme trace, signe de la jouissance sexuelle de la mère.

 

Et l’enfant, saisit ce signifiant là, du DM, où siège le trou du Réel car il en reçoit, perçoit l’effet sur lui de trace.

Jouissance d’ouverture que le signifiant du Désir de la Mère, dans sa saisie comme premier signifiant du Réel (C.Soler) vient bordurer et donc aussi structurer en clôture, en possibilité de fermeture, de refoulement.

 

Une mère (un autre dans cette fonction) qui s’adresse dans une joie de sa distance à son enfant - car elle sait que sa jouissance est d’abord ailleurs et la précède dans le choix de son consentement à l’autre d’un partenaire pris dans l’écart de la chair mais jouissance dont l’enfant par l’intimité de sa chair de sa chair est déjà au fait d’un savoir, d’une connaissance en lui- élève cet enfant à la dit-mension du signifiant.

« Un signifiant représente le sujet pour un autre signifiant ».

Structure du langage qui dans le fort-da s’éprouve comme joué, joui dans la répétition d’ouverture et de fermeture au Réel de l’Inconscient.

 

 

Quelle est cette jouissance dont le corps à corps est le bord ?

Jouissance de passage de bord à bord, comme un temps partagé de la Chose, un temps de derrière ou de l’en-dessous du refoulement originaire sans accès autre que par le vécu du trou, puisque inénarrable, d’aucune représentation.

 

Temps en ces corps de l’indicible joui...pourquoi d’ailleurs on appelle cela « la petite mort »- et à propos duquel Lacan dit (cité par C.Soler) : l’approche de l’indicible fait mot.(pg 76)

 

C’est donc de cette approche dans ce qui est bien « faire l’amour » que sort le signifiant du trou comme et dans l’ aveu et la reconnaissance de cette jouissance dans un dire, une onomatopée crue, sans signification que celle d’un signalement « vociférateur », d’une manifestation dont le plaisir témoigne.

 

C’est de là, de cet agrément-là qu’une femme adresse à son enfant, comme reste de cette Chose vécue, son Désir de la Mère...et que celui-ci s’écrit pour lui dans le destin comme siège d’une jouissance, celui d’un ordre langagier.



Daniel Demey

2 avril 2016


 

1J. Lacan, Le Séminaire, Livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, pp. 69–71.

 

2ibid

3Connaissance à prendre au sens biblique d’une sensualité de nourriture vécue, moment de satiété prise et aimée dans l’essence des choses,(pour ne pas dire de la Chose), qui implique le corps et l’esprit. Connaissance au sens d’imprégnation dans tout le corps de ce qui le nourrit, dévelopée par les Rabins J.Eisenberg et A.Abbecacis in «  Suis-je le gardien de mon frère ? » chez Albin Michel 1991




 
 
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