Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse

La Délivrance


Un affect de réel qui situe que le monde appartient d’abord aux femmes.
Propos démagogique d'une canaille d'homme?

 

-Introduction

 

La délivrance, autre nom de la parturiente réussie, est un affect de réel qui situe que le monde appartient d’abord aux femmes, et que les hommes, au départ idiots, ne savent quasiment rien, sinon ce qu’ils ont oublié.

Abêtis par le signifiant, prisonniers de leur obsession phallique, les hommes n’accèdent à la lumière du savoir des femmes qu’au prix d’énormes efforts et de « sacrifices », déployés le plus souvent à tort et à travers dans une espèce d’héroïsme de pacotille mais dévoilant le ridicule dont ils sont au premier plan de tenir le rôle d’une version tragique.

Heureusement qu’elles osent dans nos pays assez en rire, que s’amusant de la bataille comique des hommes, elles les aiment assez délicieusement, pour leur pardonner de croire souvent un peu trop virilement en ce qu’ils cherchent à faire entendre, qu’ils visent, qu’ils cherchent à atteindre, ce qu’ils ne pourraient pas.

En définitive, au fait de ce savoir depuis le début des temps qui compte pour l’homme, les femmes éprouvent pour eux, pour lui, gesticulant, aussi démuni qu’il semble téméraire dans sa conquête, une vague pitié les amenant, elles, à leur offrir alors « un gîte et un couvert », un abri, une tente, « des vacances » pour l’oubli et une entrée à la porte du tendre dans l’infinie conciliation avec le monde.

Elles font cela par l’échange du semblant, elles qui n’en auraient pas tant besoin.

Elles acceptent de jouer la comédie humaine, à laquelle elles veulent bien se prêter offrant aux hommes, à leur homme du moment, matière d’objet à son fantasme...Ceci afin qu’il entre un peu dans la consolation d’avoir lui, perdu définitivement cette propriété du monde dont elles sont la véritable origine.

 

Les hommes d’entrée de jeu, à la naissance sont sur cet autre axe, celui de la perte irrémédiable, dans l’inconnaissance à jamais du monde « des femmes », de leur propriété de savoir comme savoir vrai qui n’est pas du semblant.

Ils devraient pouvoir faire un pas de côté et s’inscrire dans le moins. Non pas pour en savoir plus, encore... du côté de leur obsession, du côté de ce savoir perdu à suppléer, inaccessible pour eux, mais pour aimer au moins un peu ne pas savoir.

Leur seul ressort est donc la lettre, ce que leur a donné leur mère comme patrimoine de ce savoir sans sujet au régime du S2, et non plus d’être aussi pris dans les S1 où ils ont plutôt tendance à s’être bouclés et refermés.

 

« Le signifiant est bête, il rate le réel au profit des semblants » C.Soler in l’Icst qu’est ce que c’est ?pg 136

Raison de rendre à Caesar ce qui revient à Caesar et à « Dieu » (la jouissance de la femme) ce qui appartient à « Dieu ».

 

 

-D’un savoir inconscient joui

 

« On peut donc dire à la fois que la reproduction sexuée se paye, dans le champ de la vie, de la perte qu'est la mort, mais qu'à l'inverse, que chaque naissance vient balancer cette perte comme présence de la vie indestructible émergeant dans le cri. » C.Soler in Ce qui reste de l'enfance pg 112.

« L'enfant, dans le rapport duel à la mère, lui donne, immédiatement accessible, ce qui manque au sujet masculin, l'objet même de son existence apparaissant dans le réel » Lacan in Autres écrits p 374.

« L'enfant réalise la présence de l'objet a dans le fantasme » Lacan in Autres écrits p 373

 

 

Je suis parti de ces citations et de leur commentaire qu'en fait C.Soler dans « Ce qui reste de l'enfance », avec une prémonition que se trouvait dans ces quelques phrases, quelque chose comme le germe de toute la matière de notre questionnement :  «  Mais d'où vient le savoir inconscient ? » D'un réel, d'une jouissance de réel à partir de laquelle se déplie l'ordonnancement du symbolique avec l'imaginaire de l'amour... dans une conjugaison des trois termes de l'Oedipe : la mère, l'enfant, le père. Le savoir inconscient, vient de la femme. Qui me fait dire que la femme est l'avenir de l'homme, qu'au commencement du langage, n'est pas le père, mais était la femme avec sa fonction de mère. D'où le choix de Lacan pour le tableau de Courbet : l'origine du monde.

 

Je déplie. Elle est là, la femme-mère, et son reste, dans cet enfant, le reste inexplicable en elle de cette Chose, dont elle peut se réjouir et auquel elle peut transmettre de l'avoir vécu dans une connaissance immédiate qui n'est pas moins qu'une jouissance de l'ordre du réel, non du symbolique, puisque cet enfant, est en elle jusqu'à ce moment où « bon Dieu ! », de l'Autre matriciel, il (s') en est sorti, la délivrant…

 

L'enfant né incarne donc en même temps qu'elle s'en sépare, sa délivrance à elle.

Voilà le nœud qui fait la différence. Le père, lui, pour « se délivrer » il n' a besoin de personne. Il jouit et ça lui suffit. Le reste, il s'en bat les flancs, comme on dit ; il n'en n'a rien à battre et cela le laisse avec ce vécu « solitaire », que sa jouissance n'est pas dans le sentiment pourvu qu'elle trouve un lieu pour la mettre...c'est bon.

 

Pour la mère, pour la femme, il n'en va pas de même. Et cela la met devant autre chose, une bifurcation à laquelle l'homme n'est pas confronté.

L'enfant né porte en lui une double vie-la sienne et celle de sa mère dont il a été et « reste » le lieu de la fonction de « sa délivrance ».

Terme que la sagesse populaire a gardé pour signaler l'accouchement.

 

 

 

Cette délivrance qui fait la vie de la mère dans la parturiente est une jouissance hors symbolique puisqu'elle signe la vie réussie dans la parturition.

Jouissance de réel dont peut-être seules les femmes ont le secret et qu'elles secrètent, diffusent alors à nulle autre pareille, dans un savoir inconscient, un savoir sans sujet, qui recèle une joie d'être en vie qui n'est issue d'aucune représentation, d'aucun discours, d'aucun langage mais tient du fait de leur corps-organisme vécu dans une acuité de la vie, d'avoir échappé à « la mort » par la vie de l'autre d'abord en elle et puis hors d'elle.

 

Joie secrète, « savoir inconscient joui » indescriptible d'être en vie sans savoir ce que c'est même.

 

Elles sont la Chose heureuse, du bon heur avec la Chose en elle dans l’acuité de cette jouissance de la vie dont elles sont dans le savoir. Et cette Chose dont elles sont advenues au vécu par la naissance de leur enfant, est élevée à une dignité à travers son reste, dans l'objet a réalisé, leur « rejeton ». Celui-ci, comme de ce réel dont il est le partage, dans la parturition, est promu comme écriture de leur délivrance, sa lettre parvenue ensuite au signifiant de la nomination qui est l'issue déterminée de la fonction réelle de « pondeuse », d'avoir mis bas un enfant.

Celui-ci est la visée du signifiant en tant qu'il est la lettre du délivrant. 

 

Lettre de ce savoir inconscient joui, sans sujet dans l’indéfinissable de ce « Toi ! » ...que désigne la mère en prenant son enfant au sein, le portant à ses lèvres...Infinie confusion dans ce « Toi » qui est aussi bien son existence! « Tu es la vie après la vie, ma vie après ma vie, et en ce « toi ! » pourtant, je te confonds, je me confonds, et je suis totalement confondue. »

Nous connaissons cette émotion que vivent des femmes ayant donné naissance, quand elles pleurent de bonheur devant l’autre né d’elles, dans une effusion, un embrassement sans bornes, désarçonnant, où elles sont comme « perdues », mais au bonheur de cette « perdition », noyée, submergée, disons, par cette division réussie en elle dont elles ont passé l’épreuve et qui les met maintenant face à ce petit bout de chair de nécessité, criant.

« ...chaque naissance vient balancer cette perte (de la mort) comme présence de la vie indestructible émergeant dans le cri » C.Soler

 

Après ce « toi » électif de la confusion dans l’Autre, vient seulement le « je » dans la formulation du « il » ou du « elle » qui sépare, met à distance le lieu de l'enfant pour être celui d'une place autre, différente mais dans quelque chose qui ressort du même dans le « toi ». Le « toi ! » est électif du même malgré la différence.

J’ai personnellement eu la chance de vivre cette élection par le « Toi ! » dans un épisode de ma vie, qui m’a un jour « re-constitué » si l’on peut dire. Je m’en souviens ici pour en ressortir l’effet de nomination comme ayant été transcendé, brûlé par cette « désignation » de l’Autre par la bouche d’un autre.

 

Le « il » ou le « elle » signe le dégagement de l’Autre, une position refroidie dans le langage.

 

Mais le « Toi ! Ah, Toi ! », dit l'inégalable de l'élection de l'autre comme un même imaginaire retrouvé à soi dans sa différence, dans sa trouée. Le « toi ! » électif implique l’Autre, le SAbarré.

 

Ce « toi » électif de la mère pour son bébé, c'est là l'entrée de l'Imaginaire et de l'amour qui vise toujours la fusion dans la différence, par la « tuché » du signifiant. Tuché dans l'autre dont la distance un moment est effacée par la reconnaissance signée au moment de ce « Toi ! » particularisant pourtant un autre.

 

Là réside la signification du Phallus.

L'enfant incarne le manque dans l'Autre réalisé par lequel la vie revient à cet Autre comme sa vie d'autre dans une jouissance vécue de la parturiente, et l'enfant est aussi la vie que donne l'Autre dans cet effet visible de la parturition, d'une séparation le faisant autre mais le reconnaissant comme « même » dans le « toi ! » qui sous-tend toute nomination et qui en est le germe dans l’Autre.

 

Le prénom par lequel l’enfant est appelé est une dérivation de ce « Toi ! » électif qui signe l’Autre, le SAbarré.

Cette joie de la délivrance qui signe celle du vivant dans la parturiente est donc destinée aussi à l'enfant dont la fonction de délivrance fait qu'il en devient le signifiant partagé.

L'enfant ainsi, est le Phallus adoré de la mère. Il est investi comme signifiant de la jouissance, de la vie dans la parturiente et de la délivrance qui se savoure d'être en vie par la séparation de l'autre vivant.

Il entre dans le langage par ce réel, de la jouissance de la femme-mère qui situe sans qu’elle le sache, en lui, la signification du Phallus, du manque dans l'Autre en elle, l'établissant en ordre d’une jouissance phallique, dans un S1 pour son enfant.

 

Signifiant phallique qui implique la castration, de structure depuis le réel de la mère, mais, jouissance phallique, au langage, dont il devra acquérir la signification dans celle de la castration, alors symbolisée, par lui dans sa confrontation aux autres et au discours de l'Autre.

 

Savoir inconscient de la mère, sans sujet, comme saveur du réel de la délivrance même, d'avoir été délivrée de « la mort » par le manque dans l'Autre vécu dans la parturiente, puisque l'enfant incarne la perte dans la femme-mère comme condition de sa vie.

 

L'enfant en devient sa ré-jouissance. Ce qui explique que pour Lacan, cité par C.Soler, « la lettre est le signe de la femme » car le réel de la parturiente fait le savoir inconscient comme réel d’une transmission à partir de la lettre, à partir d’une jouissance située dans le pas tout phallique de la position féminine qui n’a quand même pas rien à voir avec son anatomie.

« D'être sans sujet, ne l'empêche pas (ce savoir) d'engager une autre dimension, car il embraye sur le corps, il a prise sur l'organisme vivant. » C. Soler, L'inconscient qu'est ce que c'est pg 88.

 

Où l'on perçoit que se profile alors chez l’enfant la formation narcissique du « moi » freudien, la constitution de l'image de soi dans le stade du miroir et le travail de nouage autour de l'essaim, du S1 mais au départ de l'Autre troué de la mère, de son réel parlant et de sa connaissance de fait, dans le réel, d’un savoir inconscient.

 

Reste encore à « définir » la place alors qu’occupe l’homme qui lui, de ce savoir réel de la Chose, dans la parturiente, n’en sait quelque chose pour finir que par sa naissance, par son passage du corps de l’Autre, de la Chose, à l’autre qu’il est, depuis l’ovule fécondé et son accrochage dans l’utérus de sa mère jusqu’à son expérience à lui de la parturiente dans une mémoire oubliée et l’écriture sur lui de la lettre qui l’a mis au parfum de l’Autre, sur son orbite. Il voit ça d’un peu plus loin, mais on peut dire quand même pas sans un certain rattachement dû à « la gravité ». Cette force dans ce qui tombe et qui se tient de n’avoir pas de centre unique. D’où il ressort qu’effectivement, ça tombe, ça lâche, d’un objet à l’autre, d’une identification à l’autre, et que la différence sexuelle écrit cette division dont nous sommes depuis toujours les fruits d’un innommable, à se demander « pourquoi ? », « Comment ? », « pour qui ? » etc...dans et de quelle intelligence.

Effectivement, « le signifiant est bête, il rate le réel au profit des semblants ».

 

 

Daniel DEMEY

24 mars 2015



Commentaire ajouté 27/03


Par la maternité, la gestation et la naissance, le féminin est ancré dans le réel, mais sous condition du signifiant. Cela ne veut pas dire qu'une femme ne peut être femme si elle n'accède pas à la maternité. Cette "théorie" est un mythe, ce qui donnerait naissance à l'amour, le premier amour et son détachement.

Je crois à ce manque des femmes, au manque qui les constitue mais qui aussi nous situe, nous, "les hommes" en manque d'elles , dans leur désir. (pour elles et d'elles)
Continent de l'amour, virginité du monde recommencé, trouble de la parole qui jouit sans règle du sens, pour la beauté du signifiant,  peut-être simplement pris comme un signe du vivant qu'elles savent, qu'elles portent dans le désir de l'amener sous le faisceau d'une réjouissance, de l'amour et dont l'enfant est comme la clé, dégagement de la raison.
Les femmes, aimeraient le monde d'abord par cette affinité du réel en elle et qui en sort. C'est le sens de leur "possession" du monde... je ne prends pas ce terme dans une exclusive d' "appropriation possessive", mais comme ex-sistence appropriée.

C'est ce désir pour le mystère en elles de l'avenir de cette disjonction "à venir", à partir d'une complétude, à la fois réelle et imaginaire de la grossesse, qui les oriente vers les hommes, vers le service des hommes qui eux, n'ont pas de secret. Le coup par coup des hommes est une réponse à leur convenance phallique. Les femmes, elles, "la bouclent" faisant continuité où les hommes sont toujours eux dans la discontinuité. Elles ont à convenir, ou conviennent à leur Autre du féminin à garder, on pourrait dire, le secret qui fait ce mystère parfois "nous obsédant" de leur attirance.

Il me semble que cela va avec la logique de la sexuation et ces deux tableaux.




 
 
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