REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse


La naissance de Lom divisé
Daniel DEMEY 24/12/2013

La naissance de Lom divisé

 

 

1 )Comment Lacan parle du symptôme à travers Joyce.

 

Lom est un signifiant inventé par Joyce et repris par Lacan.

On peut préalablement, ou après lecture se référer au texte exceptionnel de Lacan

 

Les citations sont prises d’ un texte donné par J. Lacan à J. Aubert, à la demande de celui-ci, pour publication aux éditions CNRS, de sa conférence à l’ouverture du Symposium. le 16/06/1975. On notera l’écart entre les deux textes que sont Joyce I et Joyce II. Joyce I est une transcription de la conférence établie par J.A Miller à partir des notes de E.Laurent.

http://www.lituraterre.org/Illettrisme-Joyce_le_Symptome_de_Lacan.htm

 

On les trouve aussi dans Jacques Lacan, « Autres écrits » pg565-570 ed Seuil, Paris 2001

 

"LOM : en français ça dit bien ce que ça veut dire. Il suffit de l’écrire phonétiquement, ça le faunétique (faun…), à sa mesure : l’eaubscène. Écrivez ça eaub… pour rappeler que le beau n’est pas autre chose.

 

L’S.K.beau c’est ce que conditionne chez l’homme le fait qu’il vit de l’être (= qu’il vide l’être) autant qu’il a – son corps : il ne l’a d’ailleurs qu’à partir de là. D’où mon expression de parlêtre qui se substituera à l’ICS de Freud (inconscient, qu’on lit ça) : pousse-toi de là que je m’y mette, donc. Pour dire que l’inconscient dans Freud quand il le découvre (ce qui se découvre c’est d’un seul coup, encore faut-il après l’invention en faire l’inventaire), l’inconscient c’est un savoir en tant que parlé comme constituant de LOM. La parole bien entendu se définissant d’être le seul lieu, où l’être ait un sens. Le sens de l’être étant de présider à l’avoir, ce qui excuse le bafouillage épistémique.

 

C’est pour ne pas le perdre, ce bond du sens, que j’ai énoncé maintenant qu’il faut maintenir que l’homme ait un corps, soit qu’il parle avec son corps, autrement dit qu’il parlêtre de nature. Ainsi surgi comme tête de l’art, il se dénature du même coup, moyennant quoi il prend pour but, pour but de l’art le naturel, tel qu’il l’imagine naïvement.

 

Ainsi des individus qu’Aristote prend pour des corps, peuvent n’être rien que symptômes eux-mêmes relativement à d’autres corps. Une femme par exemple, elle est symptôme d’un autre corps.

 

LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun. Faut le dire comme ça : il ahun… et non : il est un… (cor/niché). C’est l’avoir et pas l’être qui le caractérise."

 

 

Il faut donc qu'il naisse, LOM, ou qu'il renaisse à lui qui a si mal de l'avoir, de le porter, de le supporter son symtôme. Il faut donc qu'il soit re-né pour l'avoir « bien », son symptôme du corps qui parle, en évitant l'écueil de ce qui peut lui arriver à notre temps où il sert de chair à canon ! Il n'a pas que ce destin, Lom, avec son symptôme. Et il va « cahun » et chahuté, dans le cahin-caha de la vie, bousculé, comme « Caïn », même meurtri et meurtrier, contre l'Abel, qu'il a déjà tué, détestant Dieu, de ses yeux qui le voient.

Il va, Caïn, cahin-caha, comme il le pousse, son symptôme, car « LOM, LOM de base, LOM cahun corps et nan-na Kun. Faut le dire comme ça : il ahun… et non : il estun… (cor/niché). C’est l’avoir et pas l’être qui le caractérise ».

Lom, c'est le parlêtre du symptôme, celui par lequel Joyce jouit de son symptôme, jouit par le symptôme qui parle l'inconscient en s'y tenant « art-gueilleusement ». Et il se mouille, le bougre, d'estoc et de taille : « Joyce est le premier à savoir bien escaboter pour avoir porté l’escabeau au degré de consistance logique où il le maintient, art-gueilleusement, je viens de le dire. » 

 

Joyce, écrivant fait l'écrit-vain, à l'opposé de celui qui vit (de vouloir) l'être, « qui vide l'être », à l'opposé de l'homme à l'envers de l'homme, (où l'on retrouve le désir de Marx signifiant la « fin de la philosophie », celui du philosophe, de la philosophie, et de ce qui fait raison de notre temps dans « La tentative sans espoir que fait la société pour que LOM n’ait pas qu’un corps est sur un autre versant : voué à l’échec bien sûr, à rendre patent que s’il en ahun, il n’en a aucun autre malgré que du fait de son parlêtre, il dispose de quelque autre, sans parvenir à le faire sien ».

Joyce, le symptôme, écrit dans la subversion du corps pris dans lalangue qui fait révolution « dans la langue », qu'il abat de son symptôme. Il est le Christ, le fils  unique du Dieu conscient de ce qui s'écrit en vain car « Ceux qui croient faire cause dans son remue-ménage sont eux aussi des déplacés sans doute d’un exil qu’ils ont délibéré, mais de s’en faire escabeau les aveugle. »

Ainsi, il marque une orientation dans l' « Envers de l’habeas corpus », dans l'envers d'une défense de la prise du corps par la raison du juste et sa défense devant le juge : « par son exil, il sanctionne le sérieux de son jugement », car lui, Joyce, il part de ce qu'il a, non de ce qu'il pense être ou devoir être... « Avoir, c’est pouvoir faire quelque chose avec ».

De son symptôme, il fait « son escabeau » « à la tête de l'art ». Et il y arrive, il y parvient, avec un trop de quelque chose qui fera dire à Lacan, qu'il n'est pas un saint parce qu'il a trop joui. « Il joyce trop de l’S.K.beau pour ça, il a de son art art-gueil jusqu’à plus soif. »

Joyce s'appuie sur la faute de sa jouissance opaque, qu'il veut forcer à « être » l'écriture sans comparaître au sens. Il dénie le sens, ne revendique que sa jouissance, celle de son symptôme pour devenir un magister de l'art. Et ce faisant, il montre ce que Lacan voit : qu'il est le symptôme, son prototype de vérité de jouissance de l'eaubscène. « Joyce, lui, voulait ne rien avoir, sauf l’escabeau du dire magistral, et ça suffit à ce qu’il ne soit pas un saint homme tout simple, mais le symptôme ptypé. »

Une vérité du symptôme dans l'obscénité donc, qui fait que pour toutom par delà la leçon de Joyce, « Hissecroibeau à écrire comme l’hessecabeau sans lequel hihanappat qui soit ding ! ».

Comme quoi, « nous z'hommes » dit Lacan, et serions tous des dingues et des ânes à braire dans « l'eaubscène » : «  Écrivez ça eaub… pour rappeler que le beau n’est pas autre chose ».

Le beau, qui n'est que la parure sur l'os de son symptôme. Qui fait que  «  d’nom dhom. LOM se lomellise à qui mieux mieux »... qu'on ne fait que ce qu'on peut par le travers de ce qu'on a : son symptôme.

Comme Oedipe, nous avançons en aveugle de nous-mêmes par la jouissance qui nous précède dans l'être que nous n'atteignons pas. Sauf peut-être le saint ? Qui n'y parvient que de ne pas le vouloir, d' y renoncer.

Nous avançons à l'envers, par l'envers d'une marche qui ne sait pas, qui ne voit pas où elle met les pieds. Et c'est presque toujours un peu une catastrophe, à jouer sur le fil de la catastrophe

« Entre autres, entre autres avisions dites possibles de « pouvoir » toujours être suspendues. La seule définition du possible étant qu’il puisse ne pas « avoir lieu » : ce qu’on prend par le bout contraire, vu l’inversion générale de ce qu’on appelle la pensée. » A l'envers donc de tout positivisme. Le psychanalyste ne pense pas le monde. Il l'articule au possible de  ces  « avisions » de la catastrophe, comme l'épée de Damoclès « toujours suspendues » que serait ce vouloir de « pouvoir », « étant qu'il puisse ne pas avoir lieu ».

S'il y a un lieu aujourd'hui où ce qui prête sinon une certitude à ce que l'épée, sur nos têtes, elle est bien prête à tomber, c'est la position en creux de la psychanalyse par rapport à ce « pouvoir », qui nous hante à nous pousser aux fers des pires bêtises de l'enfer de la volonté, de « la bonne volonté ».

« Le possible, étant qu'il puisse ne pas avoir lieu. »

 

 

 

Il se trompe évidemment, celui-là avec et sur « son escabeau » pour le porter à « l'être même du non sens », à la place de ce magister de l'art qui est déjà un sens !

Alors que le symptôme, celui de ce corps qui parle, qui fait qu'il y a de l'avoir au départ,il y «  a », que c'est par lui qu'il faudrait toujours commencer,et que Joyce commence avec l'« artgueil » de son chemin faisant à la limite du malfaisant de sa jouissance, puisque celle-là, est toujours hors lien, puisque la jouissance ne fait pas lien.

Il montre Lom, la manière de Lom, et son « artgueil » de se donner un sens qui s'il ne sait faire autrement, puisqu'il parle et ne peut qu'être confronté à la question de savoir s'il y a un sens, ne peut y aller à cette raison du sens qui elle atteint la « sagesse » (que cherche Oedipe en s'aveuglant dit Lacan dans l'Ethique), que par ceci « N’en restant pas moins que LOM (écrit L.O.M.) ait son corps, à revêtir entre autres soins. »

 

Là, Lacan nous indique quelque chose : « dans son corps à revêtir  entre autres soins ».

Le symptôme est donc impudique de jouir par naissance, par essence, et par vrai paresse (du) sens, de la sagesse qu'il n'y en a pas qu'il pourrait vouloir de « pouvoir ».

A ce corps du symptôme, il lui faut du soin, et un habit, au moins l'habit qui fait le moine pour le couvrir de sa honte à s'y croire beau (hissecroibeau) et en même temps bête (hihanappât) de naissance, par ce qu'il est « symptôme », qu'il l'a.

 

Car il y va sinon, de son « narcissisme accompli » de Caïn, a faire peur et à terroriser l'Abel, (la belle) et à «  là, tuer la femme », préventivement par jalousie à ce qui contredirait sa jouissance de « nennakun », car elle, la belle, -label de l'autre, du féminin- elle connaît naturelement ans y compter, la grâce de Dieu...

Or, c'est vers elle, seulement, «  Une femme par exemple, elle est symptôme d’un autre corps » qui et que d'hom, que de « toutom », il y a de Lom, et qu'il ne peut y avoir, que dans l'après coup de sa jouissance de Lom pas sans elle, pas sans ailes qui mènent au ciel, sinthome...

Et sans vouloir être saint et à y renoncer plutôt,à s'y laisser aller, involontairement à elle, à celle qui parle à Lom de son symptôme de femme: « Car il n’y a pas de voie canonique pour la sainteté, malgré le vouloir des saints, pas de voie qui les spécifie, qui fasse des Saints une espèce. Il n’y a que la scabeaustration ; mais la castration de l’escabeau ne s’accomplit que de l’escapade. Il n’y a de saint qu’à ne pas vouloir l’être, qu’à la sainteté y renoncer. »

Où le saint rit, de son symptôme, juste couvert assez pour que l'on puisse croire à ses farces, à la farce de son habit de moine, que par dessous l'habit, il en-jouit de la lalangue, d'en avoir seulement fait son escabeau...pour elle, de lalangue maternelle.  

« La pointe de l’inintelligible y est désormais l’escabeau dont on se montre maître. Je suis assez maître de lalangue, celle dite française, pour y être parvenu moi-même ce qui fascine de témoigner de la jouissance propre au symptôme. Jouissance opaque d’exclure le sens. »

« Il n’y a d’éveil que par cette jouissance-là, soit dévalorisée de ce que l’analyse recourant au sens pour la résoudre, n’ait d’autre chance d’y parvenir qu’à se faire la dupe… du père comme je l’ai indiqué. »

Qui dit bien que du Père, il n'y en a pas Un, ni d'autres plus que ça de s'en faire dupe. Il n'y en a pas de ces pères, qui tiennent hors de s'ennorgueillir, de s'en « artgueillir », de le démonter où il se prendrait pour l'être. De père, il n'y a. Il n'y a que de son symptôme, recouvert, pour une femme.

 

C'est pour ça que Noé à maudit un de ses fils qui l'avait vu « découvert » et en faisait sa jouissance rapportée aux autres frères ! Il a été dire, ce fils maudit :« Hé, les gars, j'ai vu le père dans sa jouissance !». Il en a fait une conquête de jouissance pour lui...mal placée.

Non, du père, -non dupe- il n' y a rien à voir, il ne faut pas la voir, sa jouissance, elle lui appartient en propre, comme ce qui le fait d'ailleurs avoir été Lom, celui qui l'a. « Cela ne te regarde pas »...dit l'Oedipe, et encore, « Vas voir ailleurs !».

 

De Lom, il n' y a que de l'avoir... et que de « la voir », comme elle est belle, comme elle est « l'Abel », la belle qu'il ne faut point tuer avant de l'avoir dit « tu es ma femme », celle qui de son symptôme est pour la grâce, d'un autre corps. Qui fait qu'elle se donne et qu'elle consent.

 

De là, sort le petit de Lom, quand elle consent à ce que de Lom, il y va, il y vienne et y revienne en elle, pour la grâce qu'elle vit, qu'elle visite.

 

Ainsi donc, il n'y a de Lom que par une femme qui fait de son corps donné à Lom, son symptôme de l'Autre absolu. Symptôme, dont il fait lui aussi le sien, lui qui la voit, la voue à sa voix, qui lui donne son Etre à elle. Etre qu'elle n'a pas mais dont elle lui donne le change du semblant qu'il Ex-siste (son Etre), dans son symptôme qu'elle a de prêter, d'apprêter son corps à l'autre.

Il la dit femme, sa femme, élue de son désir dans son coeur. Femme qu'il dit-fâme en acte, et mâle-traite, en la prenant non pour une vraie « sainte » (qu'il ne pourrait toucher), ni pour une vraie « salope », qu' une « bonne juste à foutre », qu' une « belle à mettre », mais comme « son objet élévé à la dignité de la Chose » où il reconnaît que sied toute l'énigme, et le mystère de son désir de parlêtre.

 

Elle est un objet couvrant et découvrant la Chose, qui rit d'elle et de la farce qu'elle lui joue, qui ne se prend pas plus pour « LA FEMME », qu'elle ne le prendrait lui pour « Dieu, Le Père ».

 

Elle se prend pour un objet pour lui, de cette façon en-jouée, à en jouer, qu'il se prendrait lui-même les pieds dans la confusion de la tenir pour ce qu'elle n'est pas, LaFemme, mais qu'elle sait pour elle, qu'elle n'est pas sa propre dupe, en le mettant à cette place où lui, il le serait LOM, le grand, le gras, le dur, le fort, l'intelligent, le vrai, uniquement vrai de LOM, et « son « sûr -Homme » ».

Lui aussi, malgré tous ces attributs qu'elle lui donnerait, il la « trompe » de ce qu'il n'est pas celui qui l'a. Il ne l'a pas toujours. Et le possible, est ce « étant qu'il puisse ne pas avoir lieu », qu'il ne la trompe pas. Mais rien n'est garanti. Pourquoi d'ailleurs, il leur faut « une alliance », un pacte.

 

Elle veut un mari...qui soit le père de ses enfants, « Un » homme dans le semblant qu'il n'y en a qu'un.

Il veut une femme, qu'il puisse traiter en mâle et en même temps savoir qu'elle est sa femme, celle qui par le corps qu'elle donne, qu'elle livre, le rapproche lui de Dieu dans l'inconscient, le délivre du Dieu de sa grosse voix d'un « vouloir » et du pouvoir. Il la voit. Il se l'avoue, qu'il suit sa voix, sa voix de femme en lui qu'il écoute pour aller vers elle, en elle. « Il n’y a que la scabeaustration ; mais la castration de l’escabeau ne s’accomplit que de l’escapade. »

 

Elle veut un homme « mari », confus et donc « potentiellement » cocu, qu'elle peut tromper et qui se laisse même berner et abuser par ce pour quoi il la considère quand même, elle, comme être de « La Femme », être qu'elle sait qu'elle n'est pas, puisque La Femme est barrée, n'existe pas. Mais quand même...il faut se donner d'y croire, au semblant d'un au-delà de la barre, d'un au-delà de la Castration. Il faut pouvoir se donner d'y croire de l'Ex-sistence de « Dieu », de ce Dieu vivant dans l'inconscient.

 

L'inconscient, lui, Réel, ne connaît pas la castration. Elle lui subsiste de fait, comme marque, à travers la marque du Nom propre que nous portons, qui nous inscrit dans une généalogie qui est celle du discours du Nom de l'Autre barré, et dans celle du prénom qui nous distingue comme petit nom, nom aussi mais dans son assomption de jouissance particulière, singulière de notre symptôme.

 

La castration dans le langage, apparaît du domaine d'une attribution. Le parlêtre, il est castré, il est la castration. De par la vision que donne le langage.

Or, LOM, dans son symptôme d'être parlant, il ne commence pas par l'être, mais par l'avoir.

Il l'a. De son réel de parlêtre, il est dans la castration. La castration, il l'a. Assomption de la castration, dit Lacan. Qui fait le possible du monde. Et non l'inverse. Qui fait le complexe de la castration, et de la jouissance limitée.

 

LOM. C'est ce que nous dit Lacan dans cette conférence sur « Joyce le symptôme », est cette jouissance dans ce qu'elle passe de symptôme de corps en symptôme de corps, certes dans la limite des corps, mais dans l'illimité de là où la « scabeaustration » rend son office de rendre cette jouissance au désir, de la ramener au désir dans et par l'amour. « Seul l'amour permet à la jouissance de condescendre au désir. » Point de contact, dès lors. Entre Jouissance et désir.

Appelons cela sinthome.

 

Et le semblant à travers cette femme de l'amour de Lom, il se réellise en une réalité. Il y en a même un reste très concret, pas du tout abstrait, dans l'enfant que cette femme aimée et amoureuse de Lom, peut porter et faire naître au vivant de la parole et du langage.

 

Alors, elle peut être, devenir pour elle par lui, cet homme tenant le coup de ce semblant-là, qui la place à la juste place de son désir dans sa jouissance à elle « non comptée », celle qui le devient aussi et également, telle, pourvoyeuse de la grâce pour un autre homme que « Dieu » qu'elle fréquente, pour Lom « petit »... celui du commun des mortels de tous les hommes, d'un « toutom ».

 

Lom divisé en deux : celui de sa couche, et celui de ses couches.

 

 

 

« Pour tout dire, comment Joyce a-t-il pu manquer à ce point ce qu’actuellement j’introduis du nœud ?

Ce faisant j’introduis quelque chose de nouveau, qui rend compte non seulement de la limitation du symptôme, mais de ce qui fait que c’est de se nouer au corps, c’est-à-dire à l’imaginaire, de se nouer aussi au réel, et comme tiers à l’inconscient, que le symptôme a ses limites. C’est parce qu’il rencontre ses limites qu’on peut parler du nœud, qui est quelque chose qui assurément se chiffonne, peut prendre la forme d’un peloton, mais qui, une fois déplié, garde sa forme – sa forme de nœud – et du même coup son ex-sistence. » texte établi par J.A Miller sur base de notes de Laurent.

 

 

 

 

 

2) Un mythe contemporain, celui de Lom divisé, de la division de LOM, du symptôme.

 

Qu'est ce qui précède ? Le réel ou le symbolique ?

Le réel est-il sombre ou joyeux ? Fermé ou éclairé ?

 

D'abord est la Chute, troumatisme... c'est dans le Texte d'ailleurs, donc, le réel. D'abord le réel. Car la jouissance est toujours fautive ; elle vient toujours dans son irruption ne pas faire lien. Traumatisme, après la Chute il y a la jouissance qui fait son traumatisme d'être là.

Hébétude, sidération de l'horreur de son acte, de sa jouissance contre-civilisation.

Ne pas faire lien lorsqu'il n'y a pas encore de lien. Surgissement du réel dans le savoir de soi.

C'est ce que produit la Chute, fait l'entrée de Lom sur la terre, -sa précipitation.

Et il est fautif de sa jouissance. Le symbolique vient après-coup, dans un investissement, une adresse de secours, venant marquer dans cet après coup de la chute, cette distorsion, ce grand écart du vivant parlant entre son fait, son acte de son symptôme, de sa jouissance, pris dans la pulsion, et puis la perte et la déchéance qu'il sucscite dans l'horrible parfois qu'il fait surgir dans la conscience de l'événement.

Certaines mamans tigresses dévorent leur progéniture. Elles ne le savent pas. Il n' ya pas de conscience de l'acte.

Pour qu'il y ait conscience, il faut qu'il y ait division avancée, arrêt sur l'acte : « qu'est ce que j'ai fait ? 

Ce n'est pas le cas ; l'acte est sans question. Elles obéissent à quelque chose qui nous échappe, contraire à la prédication de l' « instinct ».

Des Lions aussi, sont capables de dévorer leurs petits.

 

Chez les humains, la mythologie grecque parle de ce « dépassement » à propos de Chronos qui sans doute réfère à une antériorité humaine de l'horreur de l'acte qui ne pouvait ou ne voulait se voir.

 

Puis, dans le développement cérébral de Lom, probablement des connexions se sont faites qui n'étaient pas(la plasticité neuronale) et la pensée de l'acte est apparue comme l'attrape du signifiant.

La pensée de l'acte s'est prise d'abord comme une ombre.

Lom ne s'est pas découvert en un coup, il s'est découvert dans le surgissement à soi de son ombre et de sa nuit.

Le voile sur lui, sur sa présence se découvre petit à petit comme un brouillard épais se lève. Un jour, plus ou moins, il se voit et voit son acte, l'horreur de son acte.

On pourrait dire, qu'un matin, après que la scène de l'acte ait eu lieu, il en découvre pour la première fois la vision dans ses restes encore chauds à ses côtés. Il a bien peut-être mangé ses enfants et dans sa folie aussi tué la femme qui avait partagée son coït et qui voulait le protéger, ce petit.

L'horrible scène de son acte se découvre. Il voit l'horreur pour une fois comme sa propre malédiction à être : « Mais qu'a-t-il fait ? Mais qu'a-t-il fait ? » ... plutôt « mais qu'ai-je fait ? Mais qu'ai-je fait ? »

Et il est seul avec les restes de sa jouissance, de son carnage...de son innomable jouissance du meurtre. Il est seul avec la jouissance de son acte.

Et il a même tué cette autre, celle de l'autre sexe dont il aimait la chaleur tiède, et la mollesse chaude de son corps à l'intérieur. Il est seul dans sa déréliction, car elle n'est plus là maintenant, et lui, il est marqué par son crime au yeux des autres « femmelles » qui le tiennent à distance. Il est bien à la peine, il rame dans la solitude de son désastre. Plus personne ne veut de lui. Il fait peur à tous, au reste du peuple des ombres que sont encore ces hommes.

 

Mais c'est sa tâche est maintenant à le rester, dans ce savoir de ce désastre en lui.

Il ne peut pas oublier. Il est installé dans sa conscience. Et cette conscience signifie un Autre du discours. La conscience de soi est bien celle qui fait dire « N'avez-vous aucune conscience ?! » La faute du meurtre est première. Elle ouvre Lom à la honte. Hontologie, dit Lacan.

Et le cauchemar le poursuit. C'est lui. L'horreur, maintenant c'est lui.

Et, bien qu'il ait accompli ce désastre, qu'il est devenu la boue et le sang et les os, les lambeaux de ces chairs qui sont là, sur le sol encore à côté de lui, qu' il sait qu'il est là dedans, dans l'atrocité de son meurtre et de sa jouissance, il sait qu'il va quand même devoir se lever, marcher, aller de l'avant, affronter le miroir du ciel, des arbres, d'une beauté qui l'entoure, du soleil qui le réchauffe, toutes choses qu'il n'avait non plus encore pu voir. Il voit son meurtre, et c'est le monde qui apparaît.

 

Il sait qu'il va avoir faim, qu'il a déjà soif, et que le sexe, la jouissance par lequel ce désastre s'est accompli sur l'autre, lui, le reprendra...

 

Car s'il est seul et isolé. Marqué par le crime il est fui, il est craint. Il sait que cette solitude est peuplée des autres, de toutes ces ombres qu'il voit plus distinctement et de ce sexe autre d'où il vient, d'où il sait maintenant aussi qu'il est, que c'est de là qu'il est né...lui aussi, un jour petit d'un Chronos épargné.

Il sait la fascination que cette origine de lui, dans le corps de cette autre, excerce sur lui. Il sait dans l'attrait et le repoussement pour ce sexe de l'autre, pour « l'animalité de l'autre » et de son origine, sa propre étrangeté. Animalité qui ne l'est plus tout a fait, puisqu'il la voit, qui a jusque-là satisfait sans aucune pensée sa jouissance. Là, il la pense. Il l'a réfléchit et elle se réfléchit en lui dans l'innomable de son horreur. Elle le suffoque.

Il sait qu'il sera à nouveau devant l'horreur, anticipant un nouveau désastre. Et il éprouve, malgré la profondeur et la noirceur de ce qui s'appréhende comme un début d' âme, la perte de son être, en même temps, que la gêne de son meurtre, de sa jouissance. Il ne sait pas ce qui le prend et le saisit. Il n'a jamais connu ce sentiment, ni vécu cette émotion étrange. Il a peur, il blémît devant l'horreur qui le maudit et il voit sa solitude, désormais, abandonnée. Il se maudit lui-même de ce qu'il a fait, envisage le désastre, et il lui vient enfin, comme une issue de rédemption, la honte de son acte, de sa jouissance sans limite. Il éprouve la honte dans son effroi qui le condamne à errer seul. Et il a peur.

 

Il reprend une femme... il ne peut plus la tuer . Elle devient après l'acte sexuel, sa compagne dans sa déréliction. Il pactise avec elle, car l'autre sexe animal de LOM lui résiste, ne se prête pas à être elle-même dans l'objet de ses enfants, celui de sa dévoration.

Mais à nouveau, un matin il se réveille, sans elle, car il l'a à nouveau dévoré, son objet à elle, un de ses petits.

A nouveau, il est devant l'horreur de l'ogre après la nuit et il se réveille avec un reste et des lambeaux de chair à ses côtés. Elle n'est plus là. Elle est partie, sauver son ventre pour un futur.

Lom erre dans sa déréliction. Il voit qu'il a tué, mangé l'enfant et que cet enfant c'est lui maintenant quelque part, car il est sans secours, dans sa déréliction.

Elle est partie, s'est réfugiée quelque part, sans lui. « Qu'il se débrouille ! ». « On ne l'y reprendra plus  à se donner comme corps à l'autre.

 

Mais chez elle aussi, le réel du corps appelle. Elle a faim de Lom, de son enfant perdu.

 

Après la Chute, Lom, qui ne porte pas encore le nom d'homme, Lom de sa chair, de sa pulsion à la frontière de l'instinct, d'avant quand il ne se savait pas, ce moignon de Lom devient le petit de Lom,

Il voit l'enfant au ventre et au sein, et il devient le père de l' enfant qu'il a été en lui, à travers le spectacle de l'enfant au sein de sa mère.

Mais, ce moigon de Lom, qui a tué, dévoré ce petit de lui, Lom, il est seul, égaré dans sa nuit du meurtrier qu'il est, sans elle. Sans la protection divine de ce sein, au ventre même de la femme. Où il sait pourtant qu'il est étrangement bien de s'y risquer, même en la forçant. Il passe au -dessus d'elle. Il la mâle-traite. Et paradoxalement, elle ne fait que le repousser...Elle l'appelle. Mais elle résiste, le griffe, le giffle...le fuit.

Lom, toujours revoit son meurtre.

Et pour le sauver de là, de la déréliction où sinon il succombe d'être , lui et l'enfant en lui qu'il a tué et dévoré, pour se sauver de l'impossible écart de ce« deux en un » qui le poursuit, dans des pleurs inextinguibles, interminables, il y a cette « femmelle », mais qui n'est pas que femme, aussi mammelle.

Elle devient la déesse-mère, souveraine de sa propre vie divisée et avec elle, l'amour vient, qui arrive à les séparer, Lom grand, et Lom petit.

En prenant le petit, le protégeant du grand, puis en retrouvant le grand, le « réconfortant » aussi, du prêt qu'elle lui fait de son corps.

Dans les deux, elle reconnaît l'un et l'autre, Lom et son enfant. Tous deux sont le même de Lom mais divisé dans le temps uqi en fait un premier, et un segond.

 

«A l'un elle dit « attends ! », je suis occupé. Je reviendrai »

L'un et l'autre s'impatientent d'elle, tous les deux. Enfin elle arrive, elle vient pour l'un qui la baise, et l'aime. Elle le sauve, le rassure de son « un », puis, sauve, rassure l'autre en y revenant, comme elle a dit à l'enfant : « Attends, je reviendrai. »

 

Lom comme petit, et Lom comme le père du petit il n'y en a qu'un. Il n'y en a chaque fois que pour Un.

La mère connaît sexuellement les deux. L'un sort d'elle, mais il l'a fréquentée de l'intérieur, au plus près et plus profond de sa substance, de sa métière, de son être sans nom. Il en sort d'elle, s'extrait d'elle, par le sexe.

L'autre, la fréquente aussi, mais depuis l'extérieur, il la pénètre, s'installe à plus ou moins bon compte, dans le dedans.

L'un et l'autre ne font que de l'Un.

Elle, de faire cette part en « deux », elle est ailleurs que seulement dans de l'Un. Elle est dans du plus que le Un, elle, cotoie le deux... une multiplicité de sa jouissance, Qui d'une part compte, et de l'autre est sans compter.

 

Il y a quelque chose ainsi qui tourne à trois. L'Un est deux. C'est ce que la femme en elle sait. Lui, Lom, au début ne le sait pas. Elle lui « apprend ». Alors il peut compter. Il peut aussi se faire dans le Un. Elle, fait la part du deux, et le troisième, il vient toujours comme ce qui du Un de Lom fait sa division à reconnaître le deux.Cette reconnaissance fait le trois. Un, Un et deux, fait trois, dont la mère est porteuse, que la femme maintient.

 

Après, vient la Loi, pour maintenir l'écart pour elle entre l'un et l'autre.

Mais, à tout casser, elle préfère l'autre, puisqu'il lui donne le un à elle. Le phallus de l'enfant. C'est l'autre, Lom grand qui le lui donne.

Elle le reconnaît en premier, en place de premier et elle lui donne sa priorité en devenant une femme, celle qui veut un homme.

L'un attendra d'abord, l'autre pas, il sera servi en « premier ».

Et puis, entre les deux de « ce service », le premier ira dormir, il rêvera bien, pendant que le deuxième, lui, il oubliera maintenant qu'il a d'abord dû attendre, qu'il s'est d'abord senti perdu dans sa déréliction.

Alors, après sa satiété de corps aussi, après le renouveau charnel de la soif qui est apaisée, il ira aussi dormir et puis rêver. Le tour à trois est installé.

 

La Loi, donc, le symbolique, serait ce tour à trois dans son ordre immuable d'une priorité donnée.

C'est cette priorité qui fait l'entrée dans le langage, la traversée de la déréliction du troumatisme, la traversée de l'Hylflosigkeit, son renversement dans le symptôme où elle devient une marche en avant de la jouissance du corps parlant, dans le désir de l'Autrebarré.

 

La femme-mère est au centre, avec son désir et sa jouissance souveraine, c'est elle qui oriente vers l'un, puis vers l'autre dans la priorité.

Elle, elle jouit deux fois, orientée dans le multiple du Un qui est toujours divisé. Jouissance de femme (sans compter), jouissance féminine, autre, avec Lom grand, jouissance de mère avec l'enfant, le petit de Lom (en le comptant comme le Un de son propre Un) jouissance phallique.

 

 

Cette division de Lom dans un savoir d'ordre prioritaire, par le fait de la femme-mère, peut-être est-ce bien là, l'héritage particulier de la gémellité.

Toujours divisée depuis le plus profond de son réel du Un. Il n'y avait qu'une seule cellule au départ d'un deux qui s'est réellement fait.

Qu'il ce soit réalisé, ce deux à partir de l'Un, c'est par l'assomption du symbolique, qui du discours, de l'Autre barré, est toujours en définitive alors, premier. C'est le discours, l'Autre barré, qui oriente dans l'après coup de l'acte, et qui dans l'inconscient le fait, le produit, le symptôme.

Le symbolique accroché, c'est la division perçue du symtôme.

Les jumeaux, ils parlent à deux symptômes, à l'origine de ce qui ne devait être qu'un corps, qu'une jouissance, il y en a deux.

C'est le secret de LOM, divisé. Issu du UN, il y a du deux. Et une fois qu'il y a du deux, jamais sans trois, il y a du trois. L'entrée dans le langage, et la prise de jouissance dans le symptôme de l'être parlant, nous font du deux à partir de l'un, pas sans la vision du trois.

 

Lacan a dit qu'il n'y en avait qu'Un : « nan-na Kun »...avec ce « nan !, ce na ! Ce Kun ! Qui vient presque de la Mongolie !, ce Un, contient déjà, comprend pourtant le deux qui ne peut qu'aller vers et faire le trois. Lacan ne s'est pas trompé, il s 'est simplement arrêté à « Joyce, le symptôme », dont il a pris la mesure pour dire que la psychanalyse ne s' y arrêtait pas.

Par ce « je » qui parle, de Lom divisé, le symptôme divisé  se porte par un corps, et aussi par un autre corps, dans un amour qui noue, l'autre à l'un, elle continue, la psychanalyse née du symptôme de l'un -Freud- pour qui il y avait du deux...le patient, l'analysant. Ensuite, cela s'enchaîne et ça se multiplie.

 

 

Joyeux Noël

 

Daniel DEMEY

24 décembre 2013

La naissance de LOM divisé.

Pour ceux et celles qui sont arrivés là, merci,




 
 
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