REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse


Articuler le besoin au désir dans la praxis du discours révolutionnaire de la psychanalyse lacanienne.


Articuler le besoin au désir dans la praxis du discours révolutionnaire de la psychanalyse lacanienne.

 

 

 

La question est posée par l'incise de ce « préalable d'une satisfaction du besoin » introduit par Lacan  dans le séminaire VII,

« C'est du fait de l'entrée du bonheur dans la politique que la question du bonheur n'a pas pour nous de solution aristotélicienne possible, et que l'étape préalable1 se situe au niveau de la satisfaction des besoins pour tous les hommes »

Lacan Le séminaire, livre VII, l'Ethique de la psychanalyse, pg 338

 

« C'est pour autant que la demande est à la fois au-delà et en deça d'elle même que, s'articulant avec du signifiant, elle demande toujours autre chose, que dans toute satisfaction du besoin, elle exige autre chose, que la satisfaction formulée s'étend et se cadre dans cette béance, que le désir se forme comme ce qui supporte cette méthonymie, à savoir ce veut dire la demande au-delà de ce qu'elle formule. » pg 340

 

1 Décliner le paradoxe

 

Dans toute satisfaction du besoin, la demande exige autre chose.

Cela signifie

1° qu'il y a un niveau du besoin

la demande exige autre chose, soit que la demande n'est pas seulement fixée à la satisfaction au niveau du besoin.

3°Ce qui n'enlève pas que le besoin en terme de besoin doit être organiquement, physiquement satisfait. Un déficit de sucre, de protéine... un manque d'eau peuvent rapidement mener à la mort du « sujet parlant », lieu où il ne parle plus.

 

Il y a donc un niveau du besoin pour le parlêtre vis à vis duquel la réponse dans le langage seul ne suffit pas. Le parlêtre s'  « il mange le livre », le livre seul pour autant ne le satisfait pas au niveau d'une satisfaction de son besoin, de son réel. C'est ce qui remet en cause qu'il puisse encore ou aussi y avoir un corps pour « manger le livre », comme dit Lacan. (pg 340 ibid)

« Manger le livre » qui serait du côté d'une incorporation du signifiant, Dieu, du côté d« une satisfaction  qui n'est pas payée d'un refoulement » (ibid), dans lequel je vois le réel de l'esprit.

Pour manger et incorporer le signifiant, il faut le réel du corps dans une chair établie par la réponse au besoin et le réel de l'esprit qui se donne de « manger le signifiant », de jouir du signifiant.

 

Là, on s'entend, la satisfaction du niveau du besoin ne peut satisfaire la demande du parlêtre.

 

Le paradoxe donc est celui-ci :

Le parlêtre est devant la nécessité d'une satisfaction préalable du besoin sans laquelle le « pronostic » de sa viabilité est compromis.

En même temps, il ne peut seulement s'arrêter à cela. La demande de satisfaction dans son rapport au signifiant et à sa béance va « au-delà de ce qu'elle formule »(Lacan in L'éthique).

 

 

 

2) Sortir de ce paradoxe 

 

Il est impératif pour la survie de son ek-sistence, que son être soit pris dans le désir de cette satisfaction du besoin qui a elle seule ne suffit pas, et qui exige un au-delà d'elle.

Le parlêtre doit être reconnu dans cette double « face ». Il est divisé par le langage, et en même temps cette division ne le sépare pas en un être de « chair » et un être « d'esprit ».

 

Lacan lui-même, soutient qu'il est impossible pour la psychanalyse d'envisager le sujet dans cette dichotomie.

 

Le désir du psychanalyste s'adresse à l'oublié, au forclos de notre temps dans le discours du capitaliste. Le forclos de notre temps, c'est cet être de chair et d'esprit, que le discours du capitaliste abstrait pour en faire usage dans la Valeur qui ne le produit plus d'un côté que comme « chair à vendre et à profit », et en même temps comme esprit illusoire et abstrait, sans lendemain d'une réalité incarnée.

 

La condition de tout le commun actuel est ce corps perdu dans la dichotomie, le morcellement de la chair et de l'esprit, et dépossédé de sa réalité en perspective d'être un corps jouissant de la lettre de son esprit.

 

Le désir du psychanalyste est de faire adresse de son désir dans la subjectivité de son époque pour le parlêtre, contre la dichotomie et le morcellement exercé par une forclusion du réel exercée dans le discours du capitaliste.

Le désir du psychanalyste est de s'adresser dans une anticipation d'un a-venir propice à retrou(v)er: sortir des ravages de ce discours « fou » qui de ce petit a a fait l'objet fétiche du désir comme sa dérivation dans le gouffre du cycle infernal de la marchandise et de ce qu'elle produit « des plus de jouir » dans lesquels s'engouffre le « désir », réellement ravalé par la frustration inévitable d'une prolifération infinie à perte, anéantissante. Le désir du psychanalyste est de sortir des ravages de ce discours en nommant et appelant déjà le sujet comme celui qui en sort, c'est à dire en voie de récupérer ou de rattraper quelque chose en dehors de la dichotomie.

 

La réalité nous démontre chaque jour comment la dichotomie s'exerce dans le discours du capitaliste reléguant le corps du besoin d'un côté et l'esprit de la demande de l'autre dans leur désarticulation. Cette réalité catastrophique est rappelée à elle par le retour dans le réel  d'une dévastation.

Le réel de retour dans la réalité fait toujours trauma. Trauma dont seul le parlêtre dans le désir est capable d'apporter réponse satisfaisante en terme de réunir dans le symbolique un équivalent à la perte subie dans les effets de la dichotomie de son être.

Le sujet contemporain est shyzophrène, perdu, noyé dans la shyzophrénie déroulante du discours du capitaliste.

Or, le psychanalyste, dans son époque est lui aussi passé par là, par les effets de la dichotomie du discours de l'Autre du capitaliste sur lui. Il s'en est seulement un peu échappé en  imposant son symptôme en résistance contre la volonté et le pouvoir du discours capitaliste.

 

Le désir du psychanalyste est celui d'un sujet shyzophrène sortit de la shyzophrénie de la jouissance autiste prisonnière des gadgets -latouzes - capitalistes; désir d'un sujet un peu libéré, un peu émancipé qui n'a d'autre objet moïque en tant que corps, que membre du corps social et politique dans lequel il se sent représenté et pour lequel il est un représentant, que celui qui présente cette émancipation dans un discours tenant de sa nécessité à faire part de son réel dans un nouage avec l'imaginaire et le symbolique.

Ce n'est pas ce que propose le discours du faux maître capitaliste, pour lequel le réel n'existe plus comme « impossible à nommer » (forclusion du manque, du Pas tout) et qui mise sur le Tout phallique d'une construction du monde faite d'imaginaire et de symbolique.

 

3 Conclusions :

La voix révolutionnaire de la psychanalyse lacanienne.

 

Le désir du psychanalyste, c'est aussi d'anticiper sa propre disparition et le désastre qui est déjà là en nommant le parlêtre dans la promesse de rompre la dichotomie, dans la présentation d'un discours autre, d'une possibilité de changement d'ordre du discours. Cela dans la nomination anticipative du réel par-l'être du processus de ce changement faisant avec la béance du signifiant.

Nommer avant qu'il ne surgisse par effet de retour du réel, le réel « révolutionnaire » dans sa fureur et ses dogmes, pour le resituer au plan juste du travail sur le symptôme, c'est aussi replacer ce signifiant pour ce qu'il signifie en terme de mouvement, de cycle civilisationnel dans et par l'entre-prise d'une symbolisation d'un sujet qui se débarrasse de la dichotomie que lui impose le discours du capitaliste et qui par là démet le pouvoir de ce discours en tant qu'il peut être combattu et écarté par une résolution de lui dire « non !» dans l'exercice et la praxis d'une autre raison que celle du discours du capitaliste.

 

Proposition politique de donner un lieu, un cadre à une transfusion (selon le mot de Marc Strauss, conférence à Liège, 23 février 2013) de l'Autre non barré comme pôle d'identification pour le sujet et sa jouissance sans amour, autistique, perdue dans les latouzes, à l'Autrebarré du discours analytique et sa jouissance de SAbarré avec amour.

 

Pour le parlêtre, avec la psychanalyse lacanienne-révolutionnaire, le réel a une orientation, celle que lui confère la structure de l'être parlant. Appelé à parler, dès sa conception dans le désir de l'Autre, bien au-delà de ce que ses parents biologiques en rapportent, le parlêtre est orienté dans un destin lié à la structure. Il est pris dans une destination orientée par cette structure dont une fois qu'il y est entré, il ne peut plus, ne sait pas comme ça, volontairement ou à moins de se suicider s'en débarrasser. Et encore, le suicide ne clôt pas le signifiant autour d'un être parlant. Comme Socrate, par devers lui, l'a démontré, comme plus près de nous, les suicides par immolation de M.Bouazizi et d'autres, l'ont démontré aussi. Cela se met à produire du réel et du signifiant, même après la mort par suicide.

 

La structure, le réel de la structure précède le parlêtre et l'anticipe.

Son a-venir est quelque part déterminé par le réel de la structure, et à notre époque, par la réquisition que cette dernière lui tend à travers la psychanalyse lacanienne-révolutionnaire, afin qu'il la perlabore, en vienne à la retrou(v)er dans la symbolisation d'une articulation signifiante singulière, par le dire, où il peut faire de son symptôme de parlêtre une jouissance satisfaisante à vivre.

 

Daniel DEMEY

3 mars 2013

 

 

 

 

 

 

1J'ajoute {...et que l'étape préalable -au traitement de cette question par la psychanalyse}





 
 
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