REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse

La psychanalyse n'est pas une psychothérapie et,
...il n'y a pas de mais.
Daniel DEMEY , le14/11/2013

La psychanalyse n'est pas une psychothérapie et,
...il n'y a pas de mais.


Le service des biens et la psychanalyse
"C'est à cela que répond la psychothérapie. Elle se présente comme le service d'une offre d'un bien et au service d'un « bien », qui plus est, consommable, que propose un psychothérapeute.
Bien dont la présence à « l'étalage » du commerce, illustre en la personne du psychothérapeute, celle à laquelle on peut attribuer un « moi » qui tient au Panthéon des illusions des « objets perdus à retrouver ».
Le psychothérapeute et (analytique aussi), se présente malgré lui comme et dans « un moi », une personnification d'une solution qui tien
drait au nom de l'objet perdu à retrouver dans le « bien » de sa proposition. « Bien » qu'il a d'ailleurs assez souvent expérimenté lui-même pour s'en faire le promoteur.
Le psychothérapeute est « une source » de jouissance à travers le « bien » qu'il propose.
Il est donc un serviteur de la jouissance des biens. Biens des psychanalystes et des courants psychanalytiques se sont enferrés et s'enferrent encore là-dedans.
On comprend d'ailleurs la difficulté qu'il y a, dès qu'une offre d' « un objet » est faite, dès qu'apparaît même la figure d'un homme ou d'une femme, d'un être personnifiant ou incarnant l'existence d'un « objet (« psychothérapeutique », de soin, analytique...) qu'il ne soit pas ravalé par l'éthique des biens...


 
Car malgré tout, dans notre imaginaire et notre fantasme, même l'apparition de l'objet psychanalytique, relève de cette question de l'existence d'un « bien »- car, comment y aurait-il de psychanalyse sans ce malentendu initial qui est de prêter à un supposé savoir son destin d'analysant?- car, et c'est là à ne pas dénier notre penchant et notre pente et la raison même de l'existence de la psychanalyse comme cette nécessité qui n'en appelle à rien qu'au désir, d'ouvrir et de maintenir la brèche de ce dernier, là où un délire de circonstance humaine a toujours résisté... et a tout au long de l'histoire, si pas voulu, freiner des quatre pieds, voulu « organiser » ou empêcher l'irruption de ce qu'il est impossible de prévenir : le désir.
Lacan a été très clair et très radical dans l'expression même de cette cause de l'analyste dans son séminaire VII, magistral, L'Ethique de la psychanalyse (relire les 3 derniers chapitres !); cause qui n'est pas celle ni « des biens » ni du « bien »... ni pour soi, ni pour l'autre. « Voici ce qu'il convient de rappeler au moment où l'analyse se trouve en position de répondre à qui lui demande le bonheur. La question du Souverain Bien se pose ancestralement pour l'homme, mais lui, l 'analyste, sait que cette question est une question fermée. Non seulement, ce qu'on lui demande, le Souverain Bien, il ne l'a pas bien sûr, mais il sait qu'il n'y en a pas. Avoir mené à son terme une analyse n'est rien d'autre qu'avoir rencontré cette limite où se pose toute la problématique du désir. » J.Lacan Pg 347 sémin VII

Dans la même veine de radicalité: « Se faire le garant que le sujet puisse d'aucune façon trouver son bien même dans l'analyse est une sorte d'escroquerie. Il n'y a aucune raison que nous nous fassions les garants de la rêverie bourgeoise. » ibidem pg 350

Lacan sans paraphraser la sagesse du dicton « l'enfer est pavé des bonnes intentions » très prosaïquement nous dit notamment ceci : « La morale du pouvoir, du service des biens, c'est -Pour les désirs, vous repasserez. Qu'ils attendent ! » pg 363
« Faire les choses au nom du bien, et plus encore au nom du bien de l'autre, voilà qui est loin de nous mettre à l'abri non seulement de la culpabilité, mais de toutes sortes de catastrophes intérieures. En particulier, cela ne nous met pas à l'abri de la névrose et de ses conséquences. » pg 368
et encore de manière plus étonnante pour la psychanalyse quant à ses implications « révolutionnaires » : « Une part du monde s'est orientée résolument dans le service des biens, rejetant tout ce qui concerne le rapport de l'homme au désir- c'est ce qu'on appelle la perspective post-révolutionnaire. La seule chose qu'on puisse dire, c'est qu'on n'a pas l'air de se rendre compte qu'en formulant ainsi les choses, on ne fait que perpétuer la tradition éternelle du pouvoir, à savoir-continuons à travailler, et pour le désir, vous repasserez » pg 367"

Lacan nous invite à regarder par deux fois. Une première fois en ce qui concerne la vanité d'une politique des biens. C'est clairement une impasse pour ce qu'il en est de la psychanalyse.

Ensuite, une deuxième fois, il nous interroge sur ce sur quoi porte une analyse : la problématique du désir. On connaît tous sa terrible harangue « Je propose que la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c'est d'avoir cédé sur son désir » pg 368


 

Et cette question-là, qui est celle de la psychanalyse, c'est ça le hic et le nunc de son propos. Car devant quoi la psychanalyse qui ne semble proposer aucun bien, ne se met-elle pas en regard de l'offre justement de la psychothérapie ?

De quel « bien » au-delà des biens la psychanalyse peut-elle se soutenir sans être prise pour une baudruche dégonflable ? Qu'est ce qu'elle apporte d'autre qui ne relève pas d'une politique des biens alors qu'elle est bien obligée de se présenter dans une offre de quelque chose ayant un attrait, et apportant un « bien », un « plus de jouir » ou un « autre jouir » que ce que propose et ce dont dispose le marché ?

Etre objet rebut, réceptacle de la haine devant le "trou" vis à vis de "sa foi"... est aussi ce devant quoi la psychanalyse met.

Lacan encore, nous met sur la piste : « Sans doute sur le chemin de cette gravitation le sujet rencontrera-t-il beaucoup de bien(s), tout ce qu'il peut faire de bien, mais n'oublions pas ce que nous savons fort bien parce que nous le disons tous les jours de la façon la plus claire-il ne le rencontrera qu'à extraire à tout instant de son vouloir les faux biens, qu'à épuiser non seulement la vanité des ses demandes, pour autant que toutes ne sont jamais pour nous que des demandes régressives, mais aussi la vanité de ses dons ». pg 347

De quelle désillusion encore pouvoir se soutenir? Si tout n'est qu'illusion et désillusionnement? Si même l'analyse dans ses énoncés ne répond pas à ce que l'on croit qu'elle pourrait ou devrait répondre ? Que chercher plus loin dans une analyse puisque « tout se vaut » dans la désillusion de tout et même de soi ? Comment encore trimballer la question de sa jouissance et ne pas la transposer dans la possibilité de toutes les jouissances offertes dans « tous les biens » que la fortune dispose ou pas ?

L'individu contemporain est bien armé pour faire de son narcynisme le point d'arrêt à la réelle traversée de son fantasme et à aller voir au fond de l'analyse, soit un peu plus loin qu'où le rempart des jouissances des « objets méthonymiques » de l'offre de consommation suggère.

C'est là le point de bifurcation entre psychanalyse et psychothérapie.

Et à ce point, nous rencontrons le sujet narcynique dans toute la splendeur de sa résistance à l'analyse. Un sujet de notre époque. Prêt à nous damner le pion et de « nous » rafler la possibilité du monde... car si c'est lui qui la possède, alors c'est très bientôt fini.


 


 


 

Note sur le narcynisme 

 

« J’ai appelé le régime du "narcynisme" par condensation entre narcissisme et cynisme. Ce régime se distingue à la fois du cynisme subversif qui était celui de Diogène dans l’antiquité, et du narcissisme des idéaux qui a traversé les siècles. Colette Soler 2001 'L'angoisse du prolétaire généralisé ». http://www.champlacanienfrance.net/IMG/pdf/csolercours.pdf

 

Je trouve cela remarquable, en un seul petit mot, qu'une posture individuelle puisse être projetée et assimilée à une position politique platonicienne dominant le monde.

Le narcissisme renvoie toujours à un idéalisme (de soi) et le cynisme désabusé aussi qui renvoie tout à rien par goût d'une critique qui ne se dégage pas de l'ego de celui qui la profère.

Le narcynique est incapable d'envisager un dépassement à ce qu'il ne comprend pas. Il réfère tout ce qui ne rentre pas dans l'ordre de sa compréhension immédiate au texte et a la lecture d'une représentation qu'il se fait de lui comme « le seul et le meilleur ».

Et il y croit en actes, dans le refus persistant à mettre une sourdine à sa prétention autoréférentiée dans laquelle il se figure « narcissiquement » même s'il s'en défend par une critique, comme seul pivot valable d'une critique du monde.

 

Dans l'élaboration de sa critique il n'a aucune humilité, qu'il confond avec l'humiliation et le rabaissement. Ce qui le met en porte-à-faux avec tout ce que d'autres pourraient amener dans le langage, n'y comprenant rien dans l'immédiat.

Même un néologisme le rebute.

Ne comprenant pas la langue de l'autre, il ne cherche pas à s'y reconnaître, soit à donner symboliquement et imaginairement à cet autre une place d'articulation de raison.

Il ne se cherche pas dans l'autre du langage qu'il dénigre, en ne prenant pas le risque de se confronter ni par raisonnement, ni par sa parole qu' il ne délivre à personne d'autre qu'à lui.

Cette parole de la langue de l'autre, l'autorité de l'autre, il la dénigre, la réfute non par un argument de raison et de concept, mais par argument "de maîtrise autoritaire", par un affect de rejet qui on le voit n'engage que sa prétention à n'être référé qu'à lui.

 

Or, la langue et la réalité autour d'une raison attribuée à l'autre, est l'aventure autour de ce trou que la langue de l'autre amène dans la sienne. Si un homme est incapable d'anticiper dans un « insu », une place de respect à l'autre du langage parce qu'il ne le comprend pas, il est aussi incapable alors de raison. La seule déraison qui l'occuperait serait sa « raison propre », sa propre langue, celle à laquelle il se rapporte comme étant "compréhensible, valable...non masturbatoire, etc, etc" dans la limitation irraisonnable et autiste d'une jouissance narcissique à être la seule et l'unique langue à valoir la peine. Il est ainsi son propre prisonnier, le prisonnier de sa langue et de sa parole détenue et confisquée par lui.

 

Il n'a donc aucune humilité. Aucune confiance en l'autre. L'humilité étant une position simple de sourdine au « tout dire et au tout savoir » , qui permet de naître dans le langage et la réalité, à ne pas y être en projection que le double de soi-même, de l'idée que l'on se fait de soi et du monde. Une émergence de la cure bien menée :

Il n'y a aucune valeur idéaliste dans l'humilité mais une position concrète de possibilité de s'accorder avec les autres dans une réalité de discours, dans un lieu pris dans la dialectique des lalangues de chacun (car on n'échappe pas à une certaine jouissance) dans un langage qui se cherche, se construit par inventions mutuelles et rebonds et qui n'est pas « qu'un langage à soi », qui n'est pas une langue prisonnière de l'idée suffisante de « naître » uniquement de soi, de sa représentation, de son idée.

Une langue commune et partagée, un accessible.

 

3° L'homme appareillé de la psychothérapie

Cet individu « narcynique » de notre époque de « l'angoisse du prolétaire généralisé » (C.Soler) est appareillé sans fin par les promesses des objets méthonymiques qui viennent suppléer à la désillusion du « moi ». Le narcissisme appelle l'illusionnement. Le « moi » est le premier « bien » dans la perspective aristotélicienne.

A notre époque, et depuis la découverte de l'inconscient par Freud qui dit que « le moi n'est plus le maître en son royaume », les hommes sont mis face à la chute de la représentation. Aucune représentation ne tient plus la route, aucun représentant de la représentation ne tient plus le coup comme vérité qui tienne devant la perte des illusions du « moi » ou d'un représentant de la représentation. Le signifiant est mis à mal, qui ne tolère plus aucun signifié. Lacan avait renversé la proposition sausurrienne du signifié/signifiant. Il avait mis le signifiant sur le signifié. Dans le discours contemporain, c'est le signifié duquel la représentation part qui dégage un signifiant « sans effet ». Le pouvoir est au savoir, au signifié. Et puisque plus personne n'y rien n'est susceptible d'être en place de référent du signifiant, puisque tout est illusion, c'est vers la prévalence du signifié que l'on se tourne : au moins là on aura du concret, du « sensible », du vrai, de la chose... L'homme narcynique est donc poussé à mettre son septicisme dans une langage qui lui apportera des « réponses », du concret. La situation contemporaine du désenchantement de soi et de tout est le nid au discours de la science. C'est le sens de ce qui dit Lacan dans l'Ethique : « Je crois qu'au long de cette période historique, le désir de l'homme longuement tâté, anesthésié, endormi par les moralistes, domestiqué par les éducateurs, trahi par les académies, s'est tout simplement réfugié, refoulé, dans la passion la plus subtile et aussi la plus aveugle, comme nous le montre l'histoire d'Oedipe, la passion du savoir  (....) Comment les pouvoirs ont-ils pu se laisser faire ? La réponseà ce problème est à rechercher du côté d'un certain effondrement de la sagesse. C'est un fait qu'ils se sont laissé faire, que la science a obtrenu des crédits, moiyennant quoi nous avons actuellement cette vengeance sur le dos. Chose fascinante, mais qui pour ceux qui sont au point le plus avancé de la science ne va pas sans la vive conscience qu'ils sont au pied du mur de la haine. » pg 374 ibidem

Il faut se débrouiller avec la bancalité de tout avec tout. C'est le règne de la post-modernité et de l'angoisse puisque rien n'est plus susceptible de faire rempart au trou que représente le « manque  de certitude en tout ».

« Puisqu'aucun bien en particulier ne peut venir remplir le manque, saisissons-nous de tous les biens qui passent et qui peuvent dans leur consommation répondre à l'angoisse dans l'immédiat, dans l'instant, et au coup par coup par un rétablissement d'une jouissance de l'être surmoïque : tu dois jouir !».

Tout cela, confine à la psychothérapie, et au services des biens ; également la mise sous tutelle des « sciences universitaires » de la psychanalyse dont pas mal de psychanalystes se prévalent pour être sûr qu'on n'aura pas à faire à des charlatans ou à des escrocs, remettant encore une fois la dose où déjà pourtant elle a été extraite : « La science du désir, allez-vous me dire, va-t-elle entrer dans le cadre des sciences humaines ? Avant de vous quitter, je désirerais prendre position là-dessus une bonne fois. Je ne conçois pas qu'au train où se prépare ce cadre, qui va être soigné, je vous l'asssure, il puisse constituer autre chose qu'une méconnaissance systématique et principielle de tout ce dont il s'agit dans l'affaire, à savoir de ce dont je vous parle ici. Les programmes qui se dessinnet comme devant être ceux des sciences humaines n'ont à mes yeux pas d'autres fonction que d'être une branche sans doute avantageuse quoique accessoire, du service des biens, autrement dit du service de pouvoirs plus ou moins branlants dans le manche. (...) autrement dit, (...selon Mazarin) la politique est la politique, l'amour reste l'amour. » pg 373, 374

Un peu pus crûment : « ne mélangeons pas les torchons et les serviettes ».


 


 

4° La passe de l'analyse : un détroit pour le siècle.


 

A côté de quoi l'on passe ?

« Les lois du ciel en question, ce sont bien les lois du désir » ibid pg 375


 

En clôturant quasiment son séminaire VII sur ces paroles nous renvoyant au « ciel »... Lacan, indique encore un peu plus la voie.


 

La psychanalyse n'est pas une psychothérapie et il n'y a pas de mais qui suive. Nous ouvrons-là un autre chapitre sur ce qu'est « la voix » psychanalytique.

Qu'est ce que d'autre dans la jouissance du corps parlant à vivre, que la psychanalyse peut raviver ? À laquelle redonner souffle ?

Ce que nous apprennent les analysants... avec Freud et Lacan souvent.

C'est une question à l'articulation de ces trois choses  que sont le désir, la jouissance et l'amour.

Tout cela se réglant dans la présence de l'inéluctable de notre mort, de « la perspective du jugement dernier » de nos « passages à l'acte » au corps et à coeur de cette « malédiction assumée » dans ce« je veux dire de choisir comme l'étalon de la révision de l'éthique à quoi nous mène la psychanalyse, le rapport de l'action au désir qui l'habite ».361

« L'éthique de l'analyse n'est pas une spéculation portant sur l'ordonnance, l'arrangement, de ce que j'appelle le service des biens. Elle implique à proprement parler la dimension qui s'exprime dans ce qu'on appelle l'expérience tragique de la vie » ibidem pg 361 « la fonction du désir doit rester dans un rapport fondamental avec la mort »pg 351

Au travail.

 




 
 
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