REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse

 



L'autisme des autistes et nous


Des milliards de spires se chevauchent et font une trame, trame du symbolique tournée en une forme à partir de l'image du corps- l'imaginaire- et de sa jouissance de Réel.
L' a-spire, creuse le trou, le trou du Symbolique dans le Réel.
Sur le fil de cette spire, se trou(v)e le parlêtre, nous, petits bonhommes et petites bonnes femmes parlant. Et ce parlêtre, creuse le Réel, cet impossible à dire, cet innomable du hors langage et hors de toute représentation.

l`aspire de notre condition

Nous les humains, n'avons que cette dit-mension qui fait en sorte que nous apparaissons à nous-mêmes, creusant le nihil de notre présence et faisant advenir la forme d'un monde dans le langage.

A l'origine, nous n'avons rien demandé, et pourtant nous sommes là, des êtres parlant.


Hors la nomination des choses de notre monde et cette jouissance à dire, point de « nous », comme des êtres dont la vie et la mort importent, point de regard sur le monde et point de monde :
une existence seulement confondue à du vivant, un Réel propre à lui-même dans lequel nous ne sommes plus comme ek-istence, comme une vie qui a la propriété de sortir et d'échapper à elle-même.

Le règne "naturel" de l'animal est tel que nous en sommes sortis sans rien demander à personne, pour devenir des êtres parlants ; mais nous sommes là.

Des parlêtres donc, de petits êtres qui donnent une dit-mension aux choses et au monde. C'est notre moyen de trouer en le traversant le Réel qui lui n'a besoin de rien, même pas de la parole des hommes.
Cette dit-mension qui creuse le Réel, le fait à partir de la forme de cette spire.
Nous sommes ainsi devenus, malgré nous, d'avoir été chassés du paradis du monde "naturel" du non parlant, les voyageurs d'un même vaisseau découvrant la vie, la mort et le temps.
Car en devenant des parlêtres, nous découvrons le temps... il est mis à jour comme une immensité infinie, dans une dimension qui n'a ni plan, ni mesure autre que l'espace que nous, les hommes lui donnons. Le temps ne se définit pas dans une ligne, il est partout, de toutes les directions de tous les espaces. L'espace-temps, c'est l'homme.
Ainsi, nous n'avons pas besoin de partir à la conquête du "vrai espace"... car nous sommes notre espace à nous-mêmes, sur notre terre, tant que nous subsisterons avec elle. La terre est notre vaisseau, et notre chair. Nous sommes la terre. Notre tâche fondamentale est de ne pas la perdre. Elle doit rester notre prolongement à nous qui sommes de son essence.

Nous sommes ce vaisseau de l'espace et nous pouvons le traverser, d'une manière que le temps infini dans ses dimensions est notre véritable monde.
Ce temps multiple, c'est lui que nos travaux et que nos oeuvres doivent accomplir ici même, sur ce site aussi,

Dans le tunnel de cette spire, nous n'avons, nous, les ouvriers de cette forme de la dit-mension, qu'un aperçu de ce Réel, à travers seulement le bord de ce qui l'alimente, et la lunette que ce bord de la spire constitue en forme de tunnel. Nous voyons le Réel à travers cette lunette et selon la largeur de son ouverture, il nous apparaît.

le tunnel de l`a-spire

Ainsi, nous construisons ce tunnel, cette lunette qui nous donne le réel dans une dit-mension, de l'intérieur de la spire, et en tant que nous sommes, la bâtissant, rivés à ses parois, ses étançons, et parfois à ses murailles.

De fabriquer cette forme à partir de la paroi de nos dires, nous repoussons le réel, à l'intérieur de lui, nous le creusons de plus en plus et nous travaillons ainsi en nous donnant la dimension infinie du temps, contre la mort.

C'est d'ailleurs ce qui nous met en dette. Nous, les vivants d'aujourd'hui, nous sommes en dette du travail de mise à jour de ce temps que nos pères ont mis à jour pour nous y amener.

C'est ainsi, nous parcourons l'infinité du temps et de l'espace de soutenir le poids et le prix de cette dette.

Nous sommes ainsi redevables de tout le temps, de tout le travail et de toute la "jouissance" à dire depuis le premier de nos ancêtres.

Cette spire, avec le temps de toutes ces générations, nous l'élargissons, de telle sorte que notre regard et le monde qui en découle puisse se porter sur le Réel toujours plus largement, depuis l'intérieur des bords que nous lui donnons, jusqu'à en atteindre un jour la dit-mension.
Ainsi, nous traversons en le creusant, le Réel, jusqu'à le prendre dans l'élargissement, jusqu'à l'embrasser dans cet élargissement de notre bord avançant.

Ainsi, notre amarrage à ce bord de la spire, dans cette gigantesque perlarboration, nous donne le Réel avec le temps. L'infinité de notre temps nous conjoint avec l'infinité du Réel, comme en mathématique, nous disons que deux droites parallèles se rejoignent à l'infini.

Il y a cette forme de bord en une épaisseur qui est la forme des différents amarrages, des amarrages singuliers et propres à chacun. Mais, quoique fussent et sont les façons de nous tenir, de nous accrocher à la forme sociale de cette spire dans son voyage à travers le temps et l'espace, nous ne pouvons qu'y être amarrés ou pas.

Il n'y a que par le langage et la parole - le Verbe tout puissant, déjà reconnu par nos ancêtres - que nous nous y trouvons.
Et ceux qui ne parlent pas, me direz-vous, eh bien, ceux qui ne parlent pas, même les autistes les plus profonds, les psychotiques aussi, sont amarrés d'une façon telle que si ce n'est par eux que l'amarage tient, c'est par le discours et le langage portés sur eux, destinés à eux qu'ils sont tenus et retenus.
Un autiste profond, qui ne parle pas, qui mange ses excréments... comme il y en a, ne tiendrait pas bien longtemps comme amarré au vaisseau du vivant parlant, si le désir et le langage des autres, ne lui donnaient en quelque sorte de quoi rester amarré. Parfois, ça lache. mais si cela lache, c'est un effet du langage, du discours et du désir.



Pour être amarrés à ce vaisseau traversant le Réel, il ya la plupart d'entre nous, les laborieux, qui construisent ce vaisseau en se tenant sur l'épaisseur interne du bord. Ils sont "le nez tourné vers l'intérieur". Ce sont les gens dits "normaux", les névrosés dont nous sommes probablement les plus nombreux ici.
Leur vue et leur perception est celle que donne ou que permet un état du discours déterminant à leur époque, la vision de leur espace au monde et situant leur jouissance à l'aune de ce discours.

Et puis, il y en a d'autres, qui sont sur ce bord, mais sur son épaisseur à l'extérieur.
Ceux-là, tiennent amarrés "le nez en l'air" et comme ils peuvent, mais on peut dire qu'ils n'entendent pas la partition du discours des "laborieux" pour lesquels le Réel est circonscrit dans un état du discours.
Ils sont donc, "le nez en l'air", tournés vers l'extérieur en prise directement avec la vision non pas du monde et de son Réel tel qu'il est parlé dans le discours qui tapisse la paroi à l'intérieur de la spire, tel qu'il est vu, tamponné, ce Réel, à travers la lunette forgée de l'intérieur, mais du monde et son Réel tel qu'il est touché, heurté, senti, ressenti, vécu immédiatement sans la lunette du tunnel de la spire. Ce Réel-là, qui touche directement le corps, le heurte en un effet de ravage à s'y trouver dans la limite prescrite par le corps.
Dès lors, ceux-là ne parlent pas avec le monde depuis l'intérieur du tunnel de la spire. Ils parlent ou ne parlent pas, sinon que pour eux-mêmes, et dans un langage à eux qui les circonscrit directement dans ce contact avec l'infini et l'impossible du Réel.

Leur corps, amarré mais vers l'extérieur, doit alors faire en eux une opération de métamorphose pour se mettre au diapason de cet impossible et de cet infini.
Leur corps comme Réel devant faire face au Réel sans médiation, doit comme développer une ressource inconnue, inusitée, pour suppléer à ce choc et pour d'une façon tout-à-fait innovante et insoupçonnée faire face au ravage de la rencontre brutale et directe avec le Réel ou bien disparaître et mourir comme corps et comme Réel.

Pour rester amarré, ce corps doit s'épouser, se confondre à la trame de la spire, résoudre la quadrature du cercle de l'impossible du rapport sexuel, aurait dit Lacan, pour ne pas s'exposer à la violence de la déflagration que sa limite de « corps » qui n'est pas tout le Réel rencontre.

 

Ce corps ne rencontre pas le symbolique sinon comme un mur, comme une muraille. La castration est vécue comme réelle, épuisante, impossible à supporter et à vivre. L'imaginaire du corps dans sa différence, dans son image séparée ne peut se soutenir. Les autistes profonds brisent souvent les miroirs, parce que ceux-ci les renvoient à cette séparation où l'imaginaire du corps devient l'impossible du Réel dont l'image vient rendre compte.

 

Pour ne pas être exposés à cette mauvaise rencontre avec le Réel qui les pousse à destruction de ce qui est autour d'eux– Lacan situe la haine entre Réel et Imaginaire, ils doivent investir le symbolique pour le mettre à niveau du Réel.

 

C'est ce qui détermine leur goût pour les systèmes, les constructions algébriques, numériques... leur mémoire photographique analytique d'enregistrement etc.

Nous les voyons comme nous, comme destinés à la parole, comme nos parents qu'ils sont.

 

Ces corps doivent développer un point d'accrochage et d'ancrage extrême, d'une capacité inconnue dans le symbolique pour pouvoir cohabiter avec l'impossible du Réel.

Ces corps doivent développer une surcapacité dans un domaine très spécifique qui leur donnent un point de rencontre avec le Réel, un point de cohabitation avec lui, et donc dans une certaine mesure le circonscrivant (leRéel). Mais nous savons, aussi loin que peut aller cette mise à jour capacitante, pour répondre au Réel, que toujours, quelque chose n'y sera pas compris. Seulement, l'occupation qu'ils auront pu établir pour développer le lieu de leur corps dans cette capacité de soutenir le Réel,sans qu'on ne sache comment, ne peut que les aider à vivre avec nous puisque cela les aide déjà à vivre avec eux.
 

La personne se donne un point d'identification au Réel dans lequel celui-ci se confond à sa capacité: capacité perceptive, sensorielle, permettant de calculer, de mémoriser des images, des sons, des séquences, une organisation, d'agencer des pièces, des formes, de s'orienter dans le goût...  

L'hypothèse ici, est donc que les autistes, sont et se tiennent sur l'autre versant du bord de la spire, sans la médiation du discours commun avec le Réel, sans fonction symbolique de faire trou dans le Réel.
Ils sont des êtres extraordinaires, au sens premier du terme, pris dans une confrontation directe avec le Réel, dans l'épreuve de devoir y faire face à partir des limites de leur corps, avec les moyens dont ils peuvent disposer qui leur parviennent depuis le discours de l'autre versant, celui intérieur à la spire.

Un enfant autiste est toujours plus dépendant qu'un autre de moyens et de ressources. Depuis son versant, et depuis son drame, car l'angoisse y est souvent plus terrible, il réclame attention, disposition, respect, écoute et il appelle, inévitablement, ceux et celles qui, sensibles à sa distance et à son écart, veulent et tentent de le maintenir à "nous", "à notre vaisseau" comme malgré tout à son amarre, qu'il puisse s'y tenir aussi par son invention.

L'autiste ne doit pas être ni exagérément forcé ni dressé. Il doit être attendu et notre disposition à lui doit veiller à rencontrer la sienne qui cherche certainement, du moins à s'appuyer sur nous et sinon à nous rencontrer, du moins à mieux rencontrer sa propre amarre, qu'elle lui soit moins douloureuse, moins déchirante à vivre, qu'il puisse s'y nouer en y trouvant le plus d'espace de paix.

Sur ces bases et ces fondements-là, je veux bien travailler avec d'autres avec eux.

 

Daniel DEMEY

 

Le 17 juin 2012




 
 
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