Le discours psychanalytique comme cadre épistémique
pour une relation de travail entre pairs

 

Un cadre épistémique pour une relation de travail entre pairs comme préambule à

une délimitation entre psychanalyse et psychothérapie.

 

Discussion autour d'un type d' intervention dans un « cas » de type-général.



* Le cas, lapidaire, ayant suscité la discussion est anecdotique, il a néanmoins été modifié. L'intérêt est de porter une réflexion sur quoi se soutenir pour appuyer ou non un type d'intervention. Le type d'intervention rapporté ne doit pas être personnalisé.



Plus nous avançons dans la lecture et l'interprétation des séminaires de Lacan, nous reposant entre autres sur d'autres sources, qui nous introduisent à sa lecture, au plus l'exigence et la rigueur de l'optique de Lacan apparaissent parfois difficiles à saisir et à « agir ».

Le carrefour entre l'option "psychothérapeutique" et psychanalytique réapparaît à de nombreux moments pour chacun dans ce à quoi nous confronte la clinique.

Nous y sommes les uns et les autres mis aussi devant nos limites et résistances, tellement cette voie lacanienne reste subversive pour nous-mêmes, apparaît dangereuse, risquée et tellement cette subversion, il ne tient qu'à un fil de la perdre pour se retrouver du côté du discours du maître… et donc hors de la psychanalyse.

C'est là qu'un transfert à Lacan et à l'Ecole sont si importants aussi pour se soutenir dans le travail de l'option lacanienne d'une éthique du réel.

Je pense que nous pouvons tous autour de la table nous accorder sur ce point que le ou la psychanalyste qui se réclame de Lacan ne peut se mettre en place de maître de savoir sur l'autre, comme disposant par « son savoir » du « bien de cet autre ».


 

C'est la signification du Abarré.


 

Evidemment, cette option que nous ne discutons pas autour de la table, est comme une boussole et nous savons bien que dans la clinique, parfois, nous sommes poussés à perdre ce fil.

Et lorsque nous sommes requis par un patient sur la brèche d'une bascule du côté du maître, souvent quand un patient nous amène quelque chose qui nous touche particulièrement en un point délicat de notre propre analyse (infinie), soit, nous nous plions comme à un surmoi, alors à une doctrine (sans efficace d'ailleurs), soit nous sortons du bois et adoptons une attitude de « protestation », nous autorisant par émotion morale, à prendre le parti pris d'un discours de maître.


 

Cela est presque inévitable.

Moment alors de ne pas perdre le fil et l'orientation lacanienne dans la rigueur de son exigence et de s'y tourner comme nous le pouvons, nous remettant en position d'analysant.


 

C'est là aussi que la théorie, que le discours psychanalytique peuvent nous aider en opérant sur nous comme une vérité « logique » qui nous apporte une castration  à notre imaginaire, à notre moi, à l'illusion de notre « maîtrise »...même en tant que nous sommes et que nous nous disons en la pratiquant, des psychanalystes.Plus nous avançons dans la lecture et l'interprétation des séminaires de Lacan, nous reposant entre autres sur Colette Soler, au plus l'exigence et la rigueur de l'optique de Lacan apparaissent parfois difficiles à saisir et à « agir ».

Le carrefour entre l'option "psychothérapeutique" et psychanalytique réapparaît à de nombreux moments pour chacun dans ce à quoi nous confronte la clinique.

Nous y sommes les uns et les autres mis aussi devant nos limites et résistances, tellement cette voie lacanienne reste subversive pour nous-mêmes, apparaît dangereuse, risquée et tellement cette subversion, il ne tient qu'à un fil de la perdre pour se retrouver du côté du discours du maître… et donc hors de la psychanalyse.

C'est là qu'un transfert à Lacan et à l'Ecole sont si importants aussi pour se soutenir dans le travail de l'option lacanienne d'une éthique du réel.

Je pense que nous pouvons tous autour de la table nous accorder sur ce point que le ou la psychanalyste qui se réclame de Lacan ne peut se mettre en place de maître de savoir sur l'autre, comme disposant par « son savoir » du « bien de cet autre ».


 

C'est la signification du Abarré.


 

Evidemment, cette option que nous ne discutons pas autour de la table, est comme une boussole et nous savons bien que dans la clinique, parfois, nous sommes poussés à perdre ce fil.

Et lorsque nous sommes requis par un patient sur la brèche d'une bascule du côté du maître, souvent quand un patient nous amène quelque chose qui nous touche particulièrement en un point délicat de notre propre analyse (infinie), soit, nous nous plions comme à un surmoi, alors à une doctrine (sans efficace d'ailleurs), soit nous sortons du bois et adoptons une attitude de « protestation », nous autorisant par émotion morale, à prendre le parti pris d'un discours de maître.


 

Cela est presque inévitable.

Moment alors de ne pas perdre le fil et l'orientation lacanienne dans la rigueur de son exigence et de s'y tourner comme nous le pouvons, nous remettant en position d'analysant.


 

C'est là aussi que la théorie, que le discours psychanalytique peuvent nous aider en opérant sur nous comme une vérité « logique » qui apporte une castration  à notre imaginaire, à notre moi, à l'illusion de notre « maîtrise » de pensée… même en tant que nous sommes et que nous nous disons en la pratiquant, des psychanalystes.

Le psychanalyste reste humble face à sa pratique et face à ce que le discours éclaire de sa pratique. Sans ce travail permanent de remise en question de sa position dans les moments où elle est justement « périlleuse » et prête à flancher, pas de continuité ni de vérité psychanalytique. C'est le sens des « contrôles » et autres « réflexions, supervisions de cas ».


 

La « théorie », dans sa logique doit nous éclairer, en nous mettant face à une castration...et elle peut nous orienter dans le travail ensuite, à condition de l'aborder dans un lieu source de transfert de travail.


 

Le psychanalyste reste humble face à sa pratique et face à ce que le discours éclaire de sa pratique. Sans ce travail permanent de remise en question de sa position dans les moments où elle est « périlleuse » et prête à flancher, pas de continuité ni de vérité psychanalytique. C'est le sens des « contrôles » et autres « réflexions, supervisions de cas ».


 

La réflexion théorique ne doit pas nous effrayer dans nos échanges.

Quelque part, elle est « neutre », vis-à-vis de notre personne, même si elle ne l'est pas dans ce qu'elle oriente. Elle est sans jugement, dans une déclinaison logique et de raison du discours.

Après, de cette vérité du discours, chacun en fait ce qu'il veut ; mais la psychanalyse lacanienne, elle, elle nous dit quelque chose et pas autre chose. Le discours analytique fait castration.

Nous devrions être à même de la supporter, c'est tout le sens à donner à une structure de travail qui a choisi de se nommer dans et de cette orientation.


 

 


 

Discussion générale autour d'un cas.

 

La discussion entre pairs, s'inscrit dans le cadre d'une lecture du cours de C.Soler « Ce qui reste de l'enfance » pg 69. Elle écrit :  « Et dès lors qu'il n' y a pas de rapport sexuel, toutes les configurations supplétives possibles peuvent prétendre à être admises. »

Bien vite surgissent alors des questions, voire des objections. Se pose la question de l'intervention du psychanalyste dans une cure lorsque s'y révèle des pratiques incestueuses, pédophiles...etc

Une vignette est rapportée :

« Un jeune homme vient rapporter que son père veut l'initier à la sexualité en lui montrant des clichés et films comment un jeune homme peut se masturber et « jouir » sexuellement. »

 

Le psychanalyste qui rapporte ce fait, réagit en disant que devant une telle révélation, il a dit : « Un père ne fait pas ça ! ». Les positions sont partagées.


 

Le cas est vraiment épineux… car nous percevons tous l'abus, l’obscénité de l'Autre, la tournure perverse de ce père et nous ressentons sans doute tous et toutes l'  « horreur » morale de « la vision » de cette scène que ce jeune homme nous décrit presque en la suggérant à travers les propositions de son père.

Une jouissance obscène s'étale devant nous.


 

Le premier réflexe, par rapport à cette irruption de réel de cette jouissance, est de faire surgir la barrière morale et idéale :« Un père ne fait pas ça ! »comme pour recentrer le désir du jeune homme qui, pourrait en venant raconter cela en analyse donner signe d'y succomber.


 

Car, c'est de cela, à mon sens aussi qu' il s'agit dans ce qu'amène ce jeune homme. Que veut ce jeune homme? Dans son inconscient ?

Nous savons tous que le désir incestueux fait partie de l'épreuve à traverser de son désir. Et c'est là le propre de la psychanalyse où nous a introduit Freud avec l'Oedipe.

Le désir incestueux est de notre réalité psychique, fait partie de notre inconscient.


 

Alors, lorsqu'un jeune homme nous amène cela, dans et avec l'ambiguïté de sa position par rapport à son désir pris dans celui de son père, je pense que la théorie lacanienne nous oriente dans une autre direction que celle soit d'un jugement moral, soit de le mettre face à un Père idéal, le contraire de son père dans la réalité.

« Un père ne fait pas ça ! » d'abord contredit la réalité que ce père-là, l'a fait.

Et au nom de qui, de quoi, de quel savoir, ce père de la réalité serait un mauvais père pour ce jeune homme et surtout que ce serait à nous de le lui dire ?


 

Certes, la psychanalyse a bien une idée de ce qu'être père. Je cite Lacan, dans RSI.

« Un père n’a droit au respect, sinon à l’amour que si le dit amour, le dit respect est – vous n’allez pas en croire vos oreilles – père-versement orienté, c’est-à-dire fait d’une femme objet a qui cause son désir. Mais ce qu’une femme en petit a-cueille ainsi n’a rien à voir dans la question. Ce dont elle s’occupe c’est d’autres objets a qui sont les enfants, auprès de qui le père, pourtant intervient – exceptionnellement dans le bon cas – pour maintenir dans la répression, dans le juste mi-dieu, la version qui lui est propre de sa père-version. Père-version, seule garantie de sa fonction de père, laquelle est la fonction de symptôme, telle que je l’ai écrite. Il y suffit qu’il soit un modèle de la fonction. Voilà ce que doit être le père, en tant qu’il ne peut qu’être exception. Il ne peut être le modèle de la fonction qu’à en réaliser le type. Peu importe qu’il ait des symptômes s’il y ajoute celui de la père-version paternelle, c’est-à-dire que la cause en soi une femme, qui lui soit acquise pour lui faire des enfants, et que de ceux-ci, qu’il le veuille ou pas il prenne soin paternel. La normalité n’est pas la vertu paternelle par excellence, mais seulement le juste mi-dieu, dit à l’instant soit le juste non-dit. Naturellement à condition qu’il ne soit pas cousu de fil blanc, ce non-dit, c’est-à-dire qu’on ne voit pas tout de suite de quoi il s’agit dans ce qu’il ne dit pas – c’est rare, c’est rare qu’il réussisse, ce juste mi-dieu. Cela renouvellera le sujet, quand j’aurai le temps de vous le reprendre. Mais je vous l’ai dit au passage dans un article sur le cas Schreber – rien de pire que le père qui se prend pour la loi sur tout. Pas de père éducateur surtout, mais plutôt en retrait sur tous les magisters. (Ornicar 3, p.108 ; 21 janvier 1975). »


 

Mais est-ce au psychanalyste de le dire à son patient,ou bien à son analysant de le découvrir?


 

N'est ce pas lui qui un jour peut l'apprécier ou le déprécier, ce père?  Un psychanalyste se met-il en place de fixer imaginairement pour l'autre, ce qu'est et ce que veut dire « être père », ni d'ailleurs où et comment un analysant voudrait,pourrait, devrait situer sa jouissance, son fantasme etc...


 

Se mettre dans cette position, ce serait en quelque sorte imposer une sorte de clivage chez cet analysant. Il devrait choisir entre « son père » qu'il a aimé sans doute, qu'il aime encore, qui par la puissance dans le transfert du dire de l'analyste, est « déchu », désigné comme « pas un bon père » et « son analyste », à travers l'image idéale du bon père que la psychanalyse véhiculerait et soutiendrait comme visée de l'analyse par la figure de savoir de l'analyste et « son autorité paternelle ».


 

Je pense que là, on se trouve très clairement dans quelque chose de « freudien » au sens de l'orthodoxie  des post-freudiens, avec laquelle, d'ailleurs, nous ne sommes plus d'accord…

Vision oedipienne et imaginaire de la psychanalyse comme une rééducation du bon « moi ».


 

Je pense que ce jeune homme alors, se trouve devant un clivage impossible, où il devrait choisir entre l'un ou l'autre, entre l'amour et « une fidélité imaginaire » à son père et l'amour de transfert dans son analyste où alors il risquerait d'être engluée par « identification » à cet idéal que l'analyste a indiqué, pour lui, à sa place, comme étant la bonne voix à suivre.


 

Or, même en s'appuyant sur l'Oedipe, nous savons que « la résolution oedipienne » ne se trouve pour un analysant que du chef de sa traversée de l'Oedipe, et nous savons aussi que l'Oedipe est une métaphore pour baliser imaginairement le sujet dans la problématique symptômatique de sa jouissance.


 

A cette référence imaginaire, Lacan a substitué le nouage borroméen, une manière pour chacun de faire nœud des trois registres- Réel, Symbolique, Imaginaire- autour de son objet a.

Ainsi, le désir, l'équivoque du désir de l'analysant doivent-ils être relevés dans son inconscient, non balayés par une désignation moralisatrice à l'encontre de ce qu'il a rencontré, même comme trauma, et qui pourrait faire un de ses penchants.

Il lui appartient de nommer son désir, son fantasme, justement hors de la mise en exergue d'un Idéal soutenu par un « sur moi » venant de l'Autre non barré, qui sait pour lui. Sur moi en place d' Idéal qui néglige la part incestueuse du désir en chacun et condamne le sujet à l'endroit de son désir.

C'est plutôt comment faire avec cette part incestueuse qu'il s'agit d'amener à un « savoir y faire », du propre choix de sa sexualité, de son symptôme.


 

Je pense que dire "Un père ne fait pas ça" aurait tendance à éluder la question du désir du sujet et celle de la fonction du père pour un homme, en y répondant à sa place par voix d'autorité du discours.

La difficulté pour le psychanalyste est de suffisamment faire « confiance au réel », à ne pas le boucher avec du symbolique ou/et de l'imaginaire. Ce qui de sa cure, lui permettrait de soutenir son intervention plutôt dans la question que dans l'affirmation de clivage.


Si Lacan parle du père dans cette version de la "père version", c'est bien comme et dans l'enjeu du désir d'une femme à l'égard d'un homme pour qu'il lui fasse un jour des enfants. Mais Est-ce que le discours de la psychanalyse s'impose par force et pouvoir de discours du maître? ou bien par référence à une pratique clinique, qui permet à l'analysant peut-être de trouver la voix de son désir comme femme ou comme homme et père, dans cette reconnaissance-là d'un père dans l'homme avec lequel elle vit, qu'elle a choisit et que lui a choisi, elle, comme "objet cause de son désir"? Tout un cheminement chez un ou une analysante, sans qu'il y soit donner parole de détermination ou de destin venant de l'Autre que le psychanalyste aurait bien tort d'incarner sans sa barre.


 

C'est encore un enseignement fondamental à retirer du dernier colloque de l'Ecole : « Le choix du sexe », à savoir que :

« Les sujet s'autorisent d'eux-mêmes de leur sexualité ».(Lacan)

Et ce propos est éminemment subversif… même dérangeant. Mais pourtant, il indique comment s'orienter dans la clinique lacanienne.

Il fait castration à l'imaginaire d'une représentation de ce qui est « le bien du sujet », pour les lacaniens qui ne se réfèrent plus uniquement à l'Oedipe et aux figures du Père pour régler les questions que posent le désir inconscient, l'inconscient du désir, dans le rapport d'un sujet à sa jouissance.

C'est en cela que le réel, l'orientation de la cure par le réel est une éthique.

 

 

Le psychanalyste doit-il être structurant dans un rappel de la Loi comme il l'entend ?

 

La Loi...imaginaire dans le symbolique, telle que nous la comprenons tous (un peu) se décline dans la psychanalyse de différentes manières.

La Loi, avec un grand L, qui recouvre autant l'interdit du meurtre, l'interdit de l'inceste, que l'impossible. Les fondements de la parole s'y retrouvent. Lacan évoque cela en citant d'ailleurs les 10 commandements comme un fondement des lois de la parole.

Ces déclinaisons appartiennent à l'histoire du discours de la psychanalyse.


 

Cette Loi, est celle référée au Père symbolique, à « Dieu », aux différents Noms du père.

Sa considération est imaginaire. Ce que Lacan amène avec le réel, c'est que la Loi, elle est sans qu'on puisse jamais l'écrire, la dire.

Il est donc illusoire de penser qu'il puisse y avoir une Loi au niveau du symbolique. La castration, c'est du réel. Le fait est que nous parlons, que nous sommes parlant et cela implique une perte de jouissance.

Avec le trait unaire, c'est la perte de cette jouissance, perte du temps 0, de l'expérience non marquée qui nous met dans le refoulement originaire de la Chose et nous fait « être castré » parce que introduit au langage par cette perte.


 

Rien ne sert de jouer à l'éducateur (je cite Lacan) en prenant le masque du Père, de celui qui dit la Loi. Pour la psychanalyse, on se trompe-là de scène.  "Un cours sur la psychanalyse", une conférence, pourrait énoncer ces représentations de la Loi dans l'histoire du discours psychanalytique, jusqu'à cette représentation sans représentant, du réel, dans une propriété de cette scène-là, mais alors dans le cadre et la séduction d'un "discours du maître".


 

La Loi, dans une cure, n'a pas besoin d'être dite, elle ne se dit pas, sauf à prendre le plis d'une religion. Elle est un réel, que l'analysant a à découvrir et que l'analyste a, dans son désir d'analyste, dans sa fonction, le soin et sans doute le souci aussi, à faire et à laisser ad-venir dans une découverte que peut en faire l'analysant.

Lui souffler à l'avance, par précaution, ou souci de bien faire pour lui, « une représentation de ce réel dans un imaginaire et un symbolique « prêt à l'emploi », est un leurre auquel le« psychanalyste » se livrerait dans un miroir de l'Autre, comme le Souverain Bien.


 

Des psychanalystes semblent « croire » à cette orientation-là pour la psychanalyse lacanienne.

Sans m'avancer, je peux dire que « nous » dans cette Ecole du champ lacanien, nous nous démarquons de cette optique et de ces pratiques qui en découlent.


 

Daniel DEMEY


 

17 décembre 2014

 




 
 
Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement