REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse

Le prélude du clandestin

Se servir de l'Autre à condition de pouvoir s'en passer

 

Le prélude du clandestin

Se servir de l'Autre à condition de pouvoir s'en passer




-Introduction circonstancielle

Au mois de janvier 2014, en préparation aux journées de l'EPFCL "Les paradoxes du désir", j'ai envoyé une proposition de Prélude. Les Préludes, sont l'avant chant qui se fait entendre pour amener ce qui sera l'événement de la "grande musique"


La personne responsable de ces réceptions, m'a gentiment répondu que c'était une très bonne initiative et qu'après transmission au comité scientifique, elle reviendrait vers moi.

J'ai fait depuis deux rappels, l'un avec réponse d'attente et manifestation d'encombrement, l'autre sans accusé de réception.

Dois-je en conclure qu'il y a des cénacles institutionnels ? ! Je n'aime pas les cénacles et les dénonce depuis mon inscription au Forum comme n'étant pas du discours psychanalytique, même s'ils sont et font souvent sa réalité. Pourquoi j'appelle à une position révolutionnaire de la psychanalyse ; « révolutionnaire » comme signifiant de son réel, de sa ré-pétition, hors  identification et sujétion transférentielle.

 

J'envoie cette deuxième réflexion sous le titre du clandestin ...

Référence au clandestin de la situation, à « l'a-sujet du discours de la psychanalyse », celui de « l'identification à son symptôme » dans sa différence absolue, qui n'en a cure justement des cénacles et de la névrose institutionnelle auto-alimentée.

Faudrait-il ne rester que ce clandestin ?...

Il y en a tellement un peu partout dans la société du discours capitaliste, ces « jusqu'au boutistes » dans le déracinement, cherchant au péril de leur vie souvent un ancrage dans le possible ; il y en a tant, de ces  naufragés de l'Etat de la bonne société, de l'époque refermée sur elle, qui viennent frapper aux portes, renversent à l'occasion les clôtures du hors discours où la  logique marchande les tient « dehors ! », et qui sont ce symptôme de l'insupportable d'un vivant frappant pour les cellules mortes de « l'Etat des choses ». L'Etat des choses, cette force très active dans le morbide les logeant à l'enseigne du signifié à, à la débilité de ce « tous prolétaires ! ».

L’innommable du clandestin , c'est du ressort justement de la psychanalyse, du désir du psychanalyste, de lui donner à trouver le chemin d'acte de sa nomination. Le clandestin, c'est le pain et l' appétit de la psychanalyse. Or, il semble que dès que celle-ci est dans l'état de son discours, elle en perdrait le fil et se régurgiterait.

« Faudra-t-il alors opposer les vrais analysés, qui résisteraient aux sirènes de l'influence, et les autres, les assujettis du transfert ? Ou dire que les analyses ne finissent pas vraiment ? C.Soler in Ce que Lacan disait des femmes -des fins de l'amour - pg 253

 

Je suis un homme fâché - mon symptôme fondamental - « me faire entendre, objet a : voix », dans ma jouissance idiote, dans la naïveté répétée non de sa plainte, mais de sa jouissance. Je ne suis pas un donneur de leçons. Je me fâche, oui, de ces obstacles qui n'en ont rien à faire du partage de l'adresse, qui n'entendent pas, ni le désir, ni la demande et qui les ignorent, au moindre, d''une position négligente et au pire hautaine. Je déteste les cénacles, les repoussoirs du clandestin. Ce n'est pas la place du discours de la psychanalyse. Et si ma position emm..... ces cénacles. Le prix qui ne compte pas, est le même.

« Je parle sans le moindre espoir - de me faire entendre notamment. Je sais que je le fais - à y ajouter ce que cela comporte d'inconscient. C'est là mon avantage sur l'homme qui pense et ne s'aperçoit pas que d'abord il parle. » J.L Lettre de dissolution 1980

Là-dessus, je vous renvoie à ce 2ème prélude. « Prélude du clandestin: Se servir de l'Autre à condition pouvoir s'en passer »





-Se servir de l'Autre à condition de pouvoir s'en passer

Un Autre sans "l'Autre".

Pour un sujet, se passer de la présence de l'analyste.

Pour l'analyste, de pousser à la sortie.

 

Dans le séminaire 1, Lacan parle du transfert comme ce qui vient à un point de la résistance, lorsque le sujet est confronté à l'impossible de pouvoir dire sa vérité. Il décrit le transfert dans la « présence » de l'analyste.

« Quand cette résistance devient trop forte, surgit le transfert...En un certain point de cette résistance se produit ce que Freud appelle le transfert, c'est-à-dire l'actualisation de la personne de l'analyste.(...) qu'au point le plus sensible, me semble-t-il, et le plus significatif du phénomène, le sujet le ressent comme la brusque perception de quelque chose qui n'est pas si facile à définir, la présence. » Lacan Séminaire 1 pg 52,53.

 

«La résistance se produit au moment où la parole de révélation ne se dit pas, où (...) le sujet ne peut plus s'en sortir. Il s'accroche à l'autre parce que ce qui est poussé vers la parole n'y a pas accédé. » ibid

 

« La venue arrêtée de la parole, pour autant que quelque chose peut-être la rend fondamentalement impossible, c'est là le point pivot où, dans l'analyse, la parole bascule toute entière sur sa première face et se réduit à sa fonction de rapport à l'autre. Si la parole fonctionne alors comme médiation, c'est de ne pas s'être accomplie comme révélation. Ibidem pg 60

 

Lacan situe le transfert comme négativité, comme résultant de l'impasse de la positivité de l'énonciation dans la communication du sujet-moi, dans ce qu'il révèle de lui, de son histoire dans une sorte de « savoir ce qu'il dit ».

Lorsque celle-ci arrive à son terme d'impasse, le sujet ne sachant plus ni dire, ni atteindre sa vérité, la communication se brise et l'ordre de béance de la signifiance apparaît. Cet ordre de béance implique nécessairement l'Autre dont le psychanalyste normalement peut assurer de la barre et auquel le sujet « s'accroche ».

 

Dans les 4 concepts de base de la psychanalyse, pg 119, Lacan nous dit ceci du transfert qu'il voit comme « le moyen par où s'interrompt la communication de l'inconscient, par où l'inconscient se referme. »

D'une part, le transfert, qui comme « amour nouveau » est tourné vers le savoir inconscient, (C.Soler) fait apparaître le psychanalyste dans sa fonction. Fonction de désir qui rend le sujet à la médiation de la parole. Il n' y a de parlêtre sans l'Autre. C'est ce que rencontre le sujet dans le transfert qui révèle cet Autre par la présence de l'analyste, son actualisation. Révélation de la structure.

 

Or, et d'autre part, « la communicatin de l'ICST s'arrête » avec cette révélation du réel de la structure, dans la présence de l'analyste et « l'Icst se referme » dit Lacan.

Pourquoi Lacan peut-il dire ça ? Parce que la jouissance du sujet dans l'énamoration transférentielle vient clore ou occulter son inconscient. Cette énamoration provoque une sujétion du sujet à l'Autre, le détourne de son inconscient, de son Un, de son savoir inconscient, de son symptôme propre qui fait sa différence absolue, dans une capture transférentielle

 

Ce n'est que lorsque le transfert, « l'amour nouveau » apparaît dans l'énigme du désir de l'analyste pour l'analysant, dans le « Che Voi ?! » qu'il s'oriente vers la recherche et la production d'un savoir, du savoir inconscient de l'analysant.

 

Cela dans une structure quasi homologue, à peine décalée de celle avec laquelle les anciens se posaient les questions de leur désir, de leur « que faire ? » vis-à-vis de leur Dieu dont le signifiant imprononçable renvoyait aussi, depuis toujours à la béance de son Etre.

« Quel est-il ? que veut-il de moi? Existe-t-il seulement? dans la question de quel savoir veut-il me mettre à l'épreuve de m'aliéner en Lui ? »

 

Le décalage qu'introduit la psychanalyse, est la coupure que délivre le psychanalyste à l'endroit de cette jouissance mise dans l'Autre. Son acte de retirer, d'extraire le sujet tant qu'il le faut de cette jouissance supposée de l'Etre dans l'Autre.

« La jouissance – sil y en avait une autre que la jouissance phallique, il ne faudrait pas que ce soit celle-là».

 

Le paradoxe du désir du psychanalyste, c'est qu'à désirer, il doit pour rester dans la psychanalyse et son athéisme du Un tout seul, de la différence absolue du « sujet », trancher dans le vif de la jouissance de l'Etre que ramène toujours le transfert sans lequel il n' y a pas de supposé savoir et de travail de l'inconscient. Liquider l'Autre et le transfert... alors qu'ils sont nécessaires : « tuer, tu es l'amour »...au seul bénéfice d'un aléatoire, celui de la contingence du réel dans la rencontre avec l'inconscient du désir. Ce qui pourrait se dire : se donner à faire de l'Autre sans «l' Autre », dans l'offre d'une possibilité au sujet de son athéisme. Une fin de l'analyse, c'est pour un sujet de pouvoir se passer de la présence de l'analyste, et pour l'analyste de pousser à la sortie.

« Dieu est inconscient », c'est pourquoi, il ex-siste, comme cette jouissance.

 

 

Daniel DEMEY

17 mai 2014




 
 
Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement