REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse

Du« Réel qui fait trou dans le symbolique » au « Symbolique qui fait

trou dans le Réel »

Le yin et le yang de la psychanalyse.(extrait)

Du« Réel qui fait trou dans le symbolique » au « Symbolique qui fait

trou dans le Réel »

Le yin et le yang de la psychanalyse.(extrait)

Je pourrais aussi nommer cet exposé « Traversée de l'Oedipe ».*

 

 

 

Préambule

 

C'est en ces quelques mots que j'intitule cet exposé, sans en dire plus que ce que le temps qui nous

est imparti « 10 minutes et quelques » peut effectivement n'en permettre qu'une introduction, et de

n' en amorcer que quelques éléments.

Tant en effet, les questions et les problèmes que cet énoncé amène sont nombreux et mettent au

travail le texte qui - depuis plus d'un siècle et l'invention de la psychanalyse par Freud, sa reprise

par Lacan- tente de s'établir en un reflet digne rendant compte de ce que peut bien être « la

psychanalyse », une « cure psychanalytique » ainsi que de la place indispensable, essentielle en

même temps que bénéfique qu'elle occupe pour notre époque.

Une réversibilité complète travaille « la structure » en RSI, le nouage borroméen.

Le travail « moebusien » de cette réversibilité est fourni par le pivot de la cure dans son dispositif

de « discours du psychanalyste ».

« Discours du psychanalyste » comme lieu bien entendu de la cure, de ce qui peut s'y passer en

invention, chaque fois, à l'occasion de chaque nouvelle cure, où dans l'incroyable de ce qui peut s'y

produire et de ce qui peut aussi s'y et se passer, comme le disait Lacan, la psychanalyse est à

réinventer, se réinvente dans son désir et dans son entre-acte ...

Elle se réinvente au passage sur elle du souffle qui l'anime et qui l'habite.

La clinique borroméenne apporte sur nous ce souffle où même ce qui nous paraissait fermé peut

s'ouvrir, se ré-ouvrir à ce qu'en fera toujours l'autre, l'analysant.

Je vous rappelle que les premières pages de la Bible font déjà état de ce souffle, d'un souffle comme

énigme d'où il pourrait venir, qui soufflé et déposé sur l'homme lui donne vie de parlêtre. Avant

qu'il ne soit parlant, ce qui ne s'appelait pas l'homme, n'était qu'une créature parmi d'autres, qui ne

savait même pas qu'elle vivait ni qu'un jour elle ferait l'objet d'une nomination. Le souffle dont j'ose

vous parler, c'est lui, qui donne la vie au parlêtre, le fait vivant, jouissant d'être vivant. Le désir

inconscient, l'inconscient du désir, c'est le nom contemporain de ce souffle et pour en rendre

compte, à notre époque, de son ek-sitence, de ce qu'il occupe une place de réel que nul ne peut ni

ne pourra distraire ni de sa fonction, ni de sa nécessité, ni de son désir, il y a chacun d'entre nous,

chaque Un de nous, dans ce travail d'Une Ecole, par des voies très diverses, souvent étonnantes,

parfois très controversées.

Je dis « il y a chaque Un d'entre nous » pour travailler à cette Ecole de la psychanalyse, qui par

delà les avatars d'être, de se présenter et de rester ou non dans le multiple et la multiplication de

ses formes comme aujourd'hui, se présentera toujours à son horizon comme à celui de la

détermination qui l'a faite à l'origine comme Une, de Freud, poursuivie par Lacan ensuite et puis

par d'autres, comme étant de l'UN, une production d'épars désassortis pour lesquels la question

reste toujours posée et au travail de comment et sur quoi ils peuvent ou non faire lien comme

« possibilité d'un groupe proprement hystérique dont le ressort est la participation au désir de

l'autre, non aux insignes de l'Autre » C.Soler cours 2012 pg 47

 

Il n'y a qu'Une Psychanalyse, même s'il y a des milliers de psychanalystes, singuliers dans leur

pratique, car la psychanalyse est Une, reflet du Un par tous ses Uns qui la constituent dans les

différents lieux où elle se pratique « bon an mal an », où elle se fait reflet du Un, à la croisée de ce

qui se construit, s'élabore d'elle dans l'inconscient du désir et le désir inconscient.

Il y a nous, dans ce chaque Un, tel qu'il peut et pourra supporter cette charge immense, de sa

fonction à faire, à donner un lieu de vérité à la présence de ce souffle.

Je rappelle en les prenant à mon compte, les parole de Lacan à l'ouverture de son séminaire :

« C'est enseignement est un refus de tout système. Il découvre une pensée en mouvement-prête

néanmoins au système, car elle présente nécessairement une face dogmatique. La pensée de Freud

est la plus perpétuellement ouverte à la révision. C'est une erreur de la réduire à des mots usés.

Chaque notion y possède sa vie propre. C'est ce qu'on appelle précisément la dialectique. » Le

Séminaire, livre 1, pg 7, ed du Seuil 1975

Et ceci aussi, qui doit nous occuper incessamment, sérieusement dans une réflexion à prendre et à

porter au compte de notre engagement dans ce travail qu'est la psychanalyse, « ...c'est pour

une tâche qui ne comporte rien de moins pour chacun de nous que l'avenir-le sens de tout ce que

nous faisons et aurons à faire dans la suite de notre existence.Si vous n'y venez pas pour mettre en

cause toute votre activité, je ne vois pas pourquoi vous êtes ici. Ceux qui ne sentiraient pas le sens

de cette tâche, pourquoi resteraient-ils attachés à nous, plutôt que d'aller se joindre à une forme

quelconque de bureaucratie ? Ibid pg 13,14

 

Voilà, pour remercier aussi les trois initiatrices de cette journée qui ont su rompre avec certains

espaces appropriés par la bureaucratie, en tout cas, qui l'ont senti et perçu comme ça, pour se

retrouver à la prise de ce risque dans un travail de recherche et d'ouverture qui va également dans

cette proposition de cette « Après-Midi d'Ecole ».

 

Mais revenons à cette réversibilité que j'avance dans le titre de mon exposé.

 

-A

L'abord du Réel par l'impossible.

 

« On aborde le Réel par l'impossible » C.Soler in La querelle des diagnostics, pg 38

Il y a deux façons pour a-border le Réel. Et le terme de cet abord, c'est l'impossible qui a deux faces.

 

1° La première, c'est la face de l'impossible qui s'exprime dans le reste de Réel que laisse tout

processus de symbolisation. Le Réel est impossible à symboliser car il reste toujours un bout de

Réel qui ne sera pas symbolisable, qui ne pourra pas être pris dans le processus de symbolisation.

C'est le « réel à signifier » par l' impossible à le signifier dans le Tout, dans le Tout-à-fait. On y va,

mais on n'y arrive pas.

Dans ce cas, c'est par le versant symbolique de la formule « Le symbolique fait trou dans le

Réel » et ce qui s'y rattache dans cette autre formule que le réel est abordé: « Le champ du réel ne

peut être colonisé que par les sciences de la vie ».(Lacan cité par C.Soler ibidem pg 38)

Ainsi, le symbolique creuse le Réel indéfiniment, car rien ne peut venir boucher cette trouée.

Aucun symbolique ne peut clore ou faire arrêter l'opération du creusement du Réel, car le Réel toujours échappera au symbolique, ne pourra se fermer dans et par le symbolique. On a beau « symboliser », il y a toujours du Réel qui ne se laisse pas prendre encore dans et par la symbolisation .

C'est un Réel néanmoins qu'il est possible d'imaginariser quelque peu dans la formule notamment

d'un Au-delà, Un au-delà du Réel comme au-delà de la mort, d'ailleurs dont se sont servis les

anciens, dans l'invention du Paradis, d'un lieu pour une vie après la mort.

Cette perspective est donnée par la trouée du symbolique dans le Réel, qui peut se fixer dans un audelà, un au-delà...métaphysique, celui de la science ou des religions : on n'y est pas encore mais on y sera un jour, dans une connaissance reportée à demain, et jusqu'après la mort même!

 

2° La deuxième face de l'impossible par lequel on aborde le Réel est celle que cache « ce qui

résiste à la symbolisation » dit (Lacan/Soler), c'est le Réel comme radicalement « hors

symbolique » (ibid), comme impossible radicalement à penser, à imaginer, à symboliser , c'est le

Réel, dans son extrême radicalité de « trou » ou plutôt de Rien, car le trou a encore un bord, une

retenue. Le Rien, n'en n'a pas. Le Réel par ce biais-là, n'a pas de bord, il est Rien, il est Nihil.

Et ce qui rend compte du Rien, du Nihil, dans l'expérience du parlêtre, c'est le trauma.

Avec l'entrée dans le langage l'homme rencontre le Réel comme trauma de la mort, et aussi comme

trauma du sexuel.

Le Réel abordé par cette deuxième face de l'impossible est une dimension du Rien dans son

irruption. Il est une irruption de ce Rien, de ce Nihil sur le corps, impossible à imaginer pour l'être

parlant, impossible à imaginariser dans un Au-delà d'une connaissance reportée puisqu'il surgit.

Même le recours à cet Au-delà comme fonction de « raison » est inefficace pour se prémunir de

l'irruption traumatique de cette face du Réel.

Ce Nihil qui fait irruption est le trauma qui provoque l'effondrement du psychotique. Et pour s'en

protéger, de cette l'irruption, le psychotique se garde et se préserve en faisant barrage de son réel à

lui, en faisant barrage de son corps notamment en l'annihilant imaginairement. Il n'a plus de corps à

lui, ce corps ne lui appartient pas car il est toujours susceptible d'être la proie ou la possession de

l'Autre.

L'appréhension angoissante de retourner au Rien est catastrophique pour lui. Le Réel qui s'aborde

là, et notamment par le sexuel, lui, le psychotique, il ne l'aborde pas en se sabordant de son réel,

l'évacuant, le rejetant, voire le forcluant. Pour le psychotique, l'irruption du réel ne fait jamais

rencontre qui elle suppose l'idée d'une disposition d'acceptation, d'un amour.

Cet impossible à saisir qu'est le Rien, c'est inévitablement ce qui nous fait penser à la mort.

D'où la formule de Lacan : « le réel, c'est la mort ».

 

C'est le versant réel de l'impossible, dans la formule : « Le Réel fait trou dans le symbolique ».

Le Réel qui fait trauma, du sexuel, de la mort, comme quelque chose qui a son fait de surprise,

quelque chose qui surgit comme une extériorité à soi, un « corps » étranger, une intrusion, une

étrangeté mise en nous-même qu'il est impossible de résorber ou de prévoir, et qui parce que nous

sommes des « parlêtres » ayant à faire avec l' état de notre nouage RSI, nouage du Réel, du

Symbolique et de l' Imaginaire- peut nous précipiter dans l'effroi d'une décomposition absolue du

symbolique de l'unité du moi par cette irruption « de la pulsion » et du désir. Irruption pouvant

produire dans l' imaginaire la dissolution. (Luc et François Schuiten en ont donné une représentation

sublimée dans un petit récit appelé d'ailleurs « la débandade » dans leur ouvrage « Carapaces ».

En effet, le Réel du trauma survient et l'Imaginaire découvre sa possibilité dans le Rien, le Nihil,

comme propriété du parlêtre, de son corps propre dans une appréhension de sa dissolution, de son morcellement et de son éparpillement.

 

Le nourrisson rencontre cela. Il le vit dans une Hilflozikheit, comme détresse d'abandon.

C'est le noyau psychotique en chacun qui se traduit par une angoisse absolue devant le Rien. Ce

n'est pas la peur qui elle connaît son objet, comme on dit « la peur du loup », non, c'est l'angoisse

psychotique qui est angoisse précipitant à la « jouissance » d'une chute, d'un effondrement dans et

devant le surgissement du réel comme précipice, comme Rien. Le Rien qui n'a pas d'objet ni de

représentation.

 

Nous avons donc deux façons d'aborder le Réel, deux « bouts » par lequel le vivre.

« Le Réel fait trou dans le symbolique » et « Le Symbolique fait trou dans le Réel ».

Mais comment la réversibilité de l'une opère-t-elle sur l'autre ? Comment passe-t-on de l'une

à l'autre dans le temps du corps jouissant du parlêtre ?

Pas sans le miroir, miroir qui, s'il fait mur, opacité de la réflexion de l'image, fait pour le parlêtre aussi éclaircie de sa traversée.

Que peut nous en dire la cure ?

 

 

 

B

 

L' « amour » comme opérateur de ce passage du réel au symbolique

 

« Du Réel qui fait trou dans le symbolique » au « Symbolique qui fait trou dans le Réel » il y a une

trajectoire du sujet dans la cure seulement et uniquement sous l'effet d'un 3ème terme inévitable qui

opère cette articulation du Réel au Symbolique, lui donne son mouvement, sa trajectoire de désir

inconscient. Ceci dans l'él(év)ation de ce que Lacan a formulé et qui nous sert : « Seul l'amour

permet à la jouissance de condescendre au désir ». Sémin X l'Angoisse, pg 209. Une formule clé.

C'est par la clé de l'Imaginaire dans l'amour-sublimation que la coupure du symbolique (coupure qui

a un bord) peut s'articuler à la coupure sans bord du réel, et que le désir de l'analyste se rencontre

sous ses deux faces: Jouissance du Sabarré, du trou dans l'Autre, et jouissance de la séparation dans

l'équivoque de la coupure. Ce double battement de l'émoi, je le situe dans l'expérience de son

partage comme ce que peut rendre compte la formule d'une jouissance de l'impasse de la jouissance,

qui est jouissance de l'impossible. 1

La jouissance de l'impasse de la jouissance, c'est un affect partagé du trou, de la béance du réel qui

au moment de et par ce partage, entre en symbolisation. Le trou, ce qui était insupportable parce que

irruption traumatique du trou devient supportable et même possiblement relevant du « beau »2 car

devient ce qui se supporte de son énigme d'être le lieu entre-deux, d'une jouissance de cette

impasse.3

 

 

Vision et vécu de l'impossible dans sa traversée par son partage de l'un à l'Autre et de l'Autre à

l'autre ; car dans le vécu « ironique » de l'équivoque de cette jouissance, l'Autre passe à l'autre,

déchoit de sa position de supposé savoir, et il est su comme un autre, partageant le même bateau du

rapport divisé et séparé à la structure.

« N’est-ce pas dire, écrit Lacan, que c’est seulement par l’affect qui résulte de cette béance que

quelque chose se rencontre, qui peut varier infiniment quant au niveau du savoir, mais qui, un

instant, donne l’illusion que le rapport sexuel cesse de ne pas s’écrire ? (...) Le déplacement de la

négation, du cesse de ne pas s’écrire (ce qui s'écrit dans la contingence, côté réel) au ne cesse pas

de s’écrire (ce qui s'écrit toujours dans la nécessité,côté symbolique), de la contingence à la

nécessité, c’est là le point de suspension à quoi s’attache tout amour » (Lacan, Encore, p. 132)

 

-C

Pour conclure : Les deux faces du désir de l'analyste.

 

La dernière scène, le dernier acte appartient à l'analysant, celle et celui de tirer le rideau, pour passer

de l'autre côté du miroir, et éventuellement passer un jour à la mise en scène de l'Autre, de donner

son soutien à « l'escroque-rie) ira jusqu'à dire Lacan.

Ce n'est que de son acte qu'il lui est possible de transcender en la traversant l'équivoque du

dédoublement, et ainsi de « s'en-parer » de la portée de semblant de la scène qui l'a rendu au savoir

de sa division : savoir, hors signifiant, joui. « L'inconscient n'est pas seulement sujet, il est jouissance. C'est un « savoir sans sujet » qui donne forme à la jouissance du corps qu'il y a bien dans le symptôme. »C.Soler in Ce que Lacan disait des femmes, pg 255.

 

C'est de prendre part à la scène du lieu de l'analyse, en prenant sa place de semblant, dans ce qui

l'en fait sortir en prononçant le mot de sa fin... que se révèle sa faim, « son désir de l'analyste ».

Faim d'analyse, dans la reconnaissance de cette scène comme celle du trou dans l'Autre et comme

celle d'une incarnation du désir de l'analyste dans l'équivoque de son dire qui soutient ce trou en

mouvement d'ouverture et de fermeture, dans le balancement du « je-u » propre à l'inconscient, ni à

ciel ouvert, ni complètement fermé.

Désir de l'analyste qui est reconnu par l'analysant en fin de cure comme à la fois transporteur

de jouissance du S(Abarré) et comme amour de la coupure, jouissance de la séparation.

C'est cet affect « amoureux » à la fois de plein et de vide, qui fait passer l'analysant de l'Autre à

l'autre et qui lui permet, d'avoir pris la mesure du semblant, de supporter de passer de l'autre à

l'Autre ; de se positionner en « supposé savoir » pour un autre.

 

Le lieu de la cure est un lieu « incestueux » où la coupure est rencontrée comme faisant énigme de

cet « inceste » de l'amour transférentiel. (voir la citation dans ce texte de Lacan in Encore, sur ce

qui donne l'illusion que le rapport sexuel cesserait de ne pas s'écrire, l'illusion qu'il s'écrirait donc,

dans laquelle baigne le transfert)

C'est ce dont l'analyste a à répondre, de faire en sorte pour celui ou celle qui s' aventurerait dans une analyse de ne pas s'y perdre ou de s'y noyer.

C'est cette rencontre avec la réponse d'équivoque de l'analyste qui fait qu'on reste sur le partage d'un affect énigmatique, sur le fil de ce partage, où réside la coupure du Sujet, sa division revécue.

 

C'est grâce au partage (grâce du partage) de l'énigme du désir inconscient qui se consomme et se

consume dans une jouissance de la coupure, jouissance de « l'impasse de la jouissance », dans un

amour de sa résolution Oedipienne , que l'analysant peut donner en-fin à son analyste sa coupure

équivoquante à lui, pour autant que cet analyste peut l'entendre et la recevoir en son désir averti de

qui ne détient pas le sens, comme gage de ce qu'il (l'analysant) a bien pris la mesure de la castration

et de sa division. Il y a un accord implicite sur la fin qui se joue entre l'analysant et le

psychanalyste, dans une sorte de cette adresse d'un « Si vous le permettez, je m'en vais sans votre

autorisation, je « sors » de ma décision de vous séparer de moi ; je pars, sans savoir si je

reviendrai ni comment je reviendrais un jour à l'analyse ou si c'est elle qui viendrait à moi »

 

Que donc pour l'analysant en fin de cure, la coupure dans l'équivoque de la place de l'analyste, est devenue structure du parlêtre, d'une jouissance du réel, d'un « savoir sans sujet », et non pas d'une « punitence » à subir ou à imposer à partir d'un quelconque sens à encore trouver.

Que l'entrée dans le symbolique pour l'humanité n'est pas un ordre de perte mais un ordre de gain, de qui perd gagne.

Fin de la séance.

 

Il y a donc une période de fin, descendante, marquée de scansions. A cette trouvaille transférentielle

entre l'analysant et l'analyste dans la cure, trou(v)aille qui fait « amour, jouissance de l'affect

énigmatique », « confusion » amoureuse, dans le réel du symbolique que représente le lieu de la

cure et sa la scène comme lieu de l'Autre troué, l'analyste met fin par une fin de séance, fin à la

jouissance reconnue qui se décline par la coupure en « jouissance de l'impasse ».

Il dit, à demain... répète la scansion de la perte, ainsi de suite tant que l'affect « énigmatique »

revient encore et ne puisse entrer lui aussi dans une symbolisation par le dire.

 

Comment ? L'affect énigmatique est un affect de trou, de manque par le fait d'être énigmatique. Il n'

y a d'autre réponse à cet affect que par celle d'une jouissance à saisir de la coupure qu'il véhicule en

lui-même puisqu'il est référentié au trou par l'énigme.

C'est de la perplexité au « je trou(v)e ».

Il n' y a pas d'autre réponse que par l'acte de coupure à donner que produit l'analyste, jusqu'à ce que

soit enfin « reconnue» comme terme du symbole4 partagé, la coupure et qu'elle puisse alors un jour

être annoncée, donnée dans une énonciation par l'analysant.

Là il rencontre par effet de retour de l'acte, la promesse analytique en lui, comme « le désir de

l'analyste ». Il peut aimer l'analyse, par le fait qu'il a aimé et qu'il aime l'analyste dans et pour sa

fonction d'avoir « porté et transmis » dans l'inconscient, le désir de la coupure .

Dans l'après coup de la coupure que lui a faite et refaite l'analyste, celle-ci dévoile l'immense portée

de son bénéfice de l'acte de sa reprise, où lui, l'analysant il l'a reprise à son compte d'un « Je » enfin,

d'un « Je » qui sort de la cure, pour reconnaître au lieu de l'analyse et à l'analyste en fonction,

que ce « Je » qui sort de là, dans cette jouissance du dire de fin, c'est également celui d'une identité

propre venue à s'affirmer dans sa jouissance d'un dire à « vous séparer de moi! »

Coupure nécessaire, car dans la jouissance point de travail, c'est un principe... où la question de

l'inceste avec lequel on flirte à l'acmé de la cure (qui est l'approche de sa fin) est tranchée et où

l'inter-dire comme structure rencontrée à travers la coupure prend et trouve son sens, sa jouï-sens.

Moment et lieu où pour l'analysant et par l'analyste « si son désir est averti » (Lacan l'Ethique, pg

349) une voie s'ouvre par la voix de l'analysant faisant coupure en donnant réponse d'acte, à cela

que « l'amour permet à la jouissance de condescendre au désir ». J'ose vous le confirmer.

 

Daniel DEMEY

 

Du 6 au 19 mars 2013

 

 

* Cet exposé a fait l'objet d'une présentation à la journée d'Ecole du Forum du Brabant du 16 mars 2013 à Bruxelles. Il a été complété de quelques notes.

 

1Cela se réfère à ce moment pas toujours « réussi » dans le stade du miroir où le petit sujet se rend compte de l'unité du

moi dans le miroir, unité qui en même temps qu'elle se constitue dans l'image unifiée du corps, est percutée par la

dimension du semblant qui fait cette unité. En effet, puisque l'enfant se retournant vers sa mère ou l'adulte découvre en

même temps qu'il voit son unité dans le miroir qu'il n'y est que représenté au-delà de la division vécue, au-delà de la

séparation dans laquelle effectivement il se saisit soudain entièrement séparé de sa mère, de l'Autre, et comme s'en

tenant. Equivoque de la présence et de l'absence, et affect de « rire » qu'on pourrait presque dire nerveux...de l'enfant

qui jouit de l'image de soi, de son corps représenté qu'il voit avec l'autre, s'y tenant, tout en se sachant séparé de lui.

D'où aussi ce qu'on peut parfois observer chez certains petits qui à ce moment précoce, se cramponnent parfois dramatiquement, ou compulsivement à la mère, mais aussi souvent en riant de « son attachement » au corps de l'adulte, comme s'il ne voulait pas voir qu'il est bien divisé et séparé.

2 « La fonction du beau étant précisément de nous indiquer la place du rapport de l'homme à sa propre mort, et de

nous l'indiquer que dans un éblouissement » Lacan, in L'éthique pg 342.

3 Formulation que je dois à Didier Moulinier in Didier Moulinier, in Condescendre au désir,

http://didier-moulinier.over-blog.com/article-condescendre-au-desir-71236418.html

4 Le symbole vient étymologiquement du symbolum, pièce de terre cuite coupée en fragments dont les personnes qui en possèdent un sont appelées à le présenter un jour, au retour d'un temps de séparation, à l'épreuve de leur ajustement mutuel. Cet ajustement vérifié signe l'appartenance de ceux qui portent l'un des fragments à une même « fratrie », communauté et ouvre ainsi, celui qui vient avec sa partie en requérant l'autre à sortir et à montrer la sienne, aux droits, honneurs, plaisirs et jouissances reconnus être ceux alloués aux membres de cette communauté.

Ce symbolum est une représentation métaphorique de la passe d'Ecole. Le travail et le désir des deux parties sont requis pour vérifier de l'ajustement. A ce stade de la présentation par l'un d'un fragment du symbolum, l'autre, ne peut ni se soustraire à permettre à la vérification d'avoir lieu, ni se soustraire d'en apprécier publiquement, au vu et su de tous, le résultat. Nous rejoignons là une éthique du Juste pour une Ecole de la psychanalyse.




 
 
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