REVOLUTION-PSYCHANALYSE
Pour un mouvement révolutionnaire au sein de la psychanalyse

DE L'OBJET à
PHENOMENOLOGIE DE L'OBJET à DANS SA CHAIR INCARNEE DE L'AMOUR.

Le nom pour une politique de la psychanalyse au diapason de la subjectivité de son époque- Révolution-Psychanalyse- m’apparaît ce soir comme justement là, l’à-justement de la seule découverte de Lacan selon lui, celle de l’objet a. Objet a qui en signalement de ce qu’il est l’objet perdu de l’amour, objet d’amour perdu, reçoit la marque de son accent.

Révolution...comme celle à double foyer que Lacan a mis en exergue dans le séminaire Encore.
Réel de ce que cela tombe en position d’équilibre pourtant par la gravitation et le mouvement.
Ce Réel pourvoit une stabilité non par rotation circulaire autour d’un centre auquel on serait attaché sans pouvoir le lâcher, mais par rotation elliptique, celle relevant de ses deux foyers imprimant le passage dialectique. Il faut un moment lâcher son point de « centrage » pour avoir la possibilité de se saisir ailleurs dans un autre. Le corps parlant que l’on est passe ainsi d’un étant à un autre, mu par l’objet du désir qui l’anime. Le sujet ex-siste.
Le moment de lâcher est analogue à ce qui se passe pour un trapéziste volant. Il consent à lâcher les mains qui le tiennent pour s’engager vers d’autres qui l’attendent, et donc, consent à suspendre la prise en mains dans un vide habité par une confiance à laquelle il se donne.
Nous pouvons nommer ce vide habité par une confiance dans le fiat de l’amour. Amour par lequel s’incarne la résidence pour un chacun de son objet a.

Et dans cette expérience, c’est par ce que ça tombe que presque en même temps cela tient dans le mouvement de l’acte.

Cela n’arrive que par cette résurgence de l’objet a, comme signe du lieu de son amour.
Et on le sait, on l’éprouve, de tomber amoureux, de se percevoir soi-même à travers l'autre en objet a. On éprouve de perdre la main qui nous tenait imaginairement en objet consistant, de vaciller et de se trouver en l’air, entre deux « morts », au souffle coupé d’une dangereuse suspension.

Et on le sait autant qu’on le redoute, ce moment : « Que la béance du ciel nous tombe sur la tête !», que vitalement, c’est notre seule ressource pour peu se sentir vivre.
Tomber amoureux, comme se saisir en position d’objet a, dans la découverte du troué en soi par le reflet qu’un autre projette sur notre enveloppe.
Incise de lumière sur le corps qui l’entaille, le démarque de l’unité uniforme des représentations du moi.
Incise par la voix, le regard ou autre agent de la pulsion.

Saignement donc, comme celui des règles au féminin. Perte, écoulement non commandé, sans agresseur mais révélant la faiblesse du moi, la fragilité de ce château imaginaire du seul et de l’unique.

Le « Y a d’l’Un » ne suffit pas.
« Y a d’l’Un » qui n’aille sans faille à l’être dans cette flagrance d’une perte, dans l’écriture du manque, et à travers l’espoir échevelé d’une retrouvaille, d’un au-delà de la blessure du manque, au ciel de l'imaginaire amoureux, mais bien sur terre, dans le corps de la chair prise au rendez-vous, de l-à-justement de l’amour, centré par l'objet a.
Mais encore peut-il ne jamais arriver, et rester dans la suspension de l'acte qui le révélerait à l'autre dans le dire d'un rendez-vous.

Objet a avec l’accent -à- d’un « se rendre à » du rendez-vous pris ou donné. Accent qui fait la différence avec les autres objets de la consommation qui nous consument dans la vulgarité basse d’être des bouchons au manque devant la frustration.
L’objet à, celui du rendez-vous est aussi celui du puits de l’acte.
Acte à deux voies, à deux voix. Celle de qui donne rendez-vous, le fixe, et celle de qui y vient, de qui répond de l’objet à, s’y rendant.
L’amour des partenaires qui sont l’un et l’autre des « Y a d’l’Un » touchés de la faille surgie de l’autre, c’est l’incarnation réussie de cet objet à auquel l’un et l’autre pour eux-mêmes se sont rendus à se perdre.
Figure chaude de l'amour, cette jouissance de qui perd gagne.

Chute qui les tient, l’objet à, de se rendre à lui avec et par le biais d’un autre, signe la condition de l’acte, celui d’une sortie.

Dans l’apologue des prisonniers que décrit Lacan au Sémin II, celui-ci montre que seule une anticipation comme un point de « fiat » qui tient compte de sa béance et de celle de l’autre- béance de la réponse- fait l’urgence et la différence d'une décision sur l’immobilité qui perdrait sinon les « prisonniers », et c'est ça qui leur permet de répondre.

De répondre par l’acte d’y aller. Et cette sortie ne peut être qu’une sortie ensemble. Cette sortie qui ne peut être qu’ensemble, est celle du rendez-vous auquel l’un et l’autre se sont rendus.
C’est se rendre-à- sous la question et le signe de l’amour qui fait « sortie », « libération conjointe » dans un acte qui est du dire, comme ce qui sort du trou, nous sort de la condition des prisonniers !
Prisonniers de quoi ?...de notre aliénation au langage, du « péché » de notre condition névrosée, de malade du langage.
Le pas de ce dire, le pas de cet acte se trouve dans sa dimension apophantique face à l’indécidable de savoir si c’est vrai ou faux, si même l’amour est vrai ou pas, s’il le sera ou non!

Cette dimension est contenue dans le fait de s’y rendre, d’y être rendu jamais seul puisqu’il faut être deux à un rendez-vous.

Là seulement, à l’appel où nous sommes rendus, sans savoir, et comme le traversant, l’amour prend vérité de noeud, comme lieu d’un lien, à partir de soi comme trouvaille de l'objet prêt à, objet à, dans une jouissance intime qui ne regarde que les partenaires, les amants, les « parents » dans leur chambre profonde, à la lumière de leur obscurité qui est aussi celle de l'objet à.

Et c’est le rien, le confort du rien, la jouissance du rien, qui est ainsi tranché, transcendé, qui prend valeur de Réel fécondant ou de « néant fertile » dira le poète1.

Par la grâce de se laisser porter au rendez-vous d’une rencontre, de se rendre-à, voilà l’amour, le nouvel amour, dira Lacan désignant la cure comme le lieu de son ferment, de son anti-chambre, au seuil alors d’un jour à franchir pour en sortir et se donner à d’autres lieux, à d’autres rendez-vous porté par cette béance du trou, de l’objet irrémédiablement perdu à « retrouver ».

L’objet perdu irrémédiablement ne signifie en rien qu’il ne soit retrouvé.
L’objet perdu est ramené au bureau des objets perdus. Il peut alors être récupéré, comme et pour ce qu’il a été, un objet perdu retrouvé et le rester. Ce n'est pour autant pas qu'il ne puisse se vivre dans et par l'épreuve de vérité de l'amour qui se fait.

Voià l’objet à (italique).

Daniel Demey 24 sept 2015

 



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