-REVOLUTION-PSYCHANALYSE-

Une « religion » pour en sortir :

« La psychanalyse, pas la pensée unique »1

 

Chez Freud déjà :

« Le rire, le rêve, et le raté… les trois voies de l'inconscient. »

Pour le rire, malgré la "provocation".

Contre les « terrorismes » et les dictatures programmées  des biens souverains.

1Paraphrasant le livre « La psychanalyse, pas la pensée unique » C.Soler, Louis Soler, Jacques Adam, Danielle Sylvestre, Ed champ lacanien, 2000


 

Eh bien voilà que le silence assourdissant est imposé, que des « fous de Dieu », dans la logique extrême du discours du maître qu'ils supportent, assassinent le rire, une des seules armes des hommes contre le rang, le rang d'oignons où l'on nous plante en général dans les couloirs de la bêtise armée de dents, sans interruption, depuis des siècles et des siècles : le rire, une des voix de l'inconscient.

 

1 Les quatre discours sous le feu du raccourci d'un seul, celui du capitaliste, au service exclusif et absolu du bien dans l'idée d'une jouissance seule »

 

Discours du maître, morale du service des « biens », vis-à-vis de quoi s'élève (en assumant la position phallique de son discours dans la cité) la psychanalyse lacanienne, puisque avec son éthique orientée par le réel, avec le génie de Lacan, elle synthétise comme enjeu de sa praxis, une circulation et une distribution des places dans les discours qui devraient être préservées.

« L'amour c'est le signe qu'on change de discours » Semin Encore.

Avec les 4 discours Lacan topologise le « parlêtre ». 4 discours pour 4 places d'agent -Le maître, le sujet barré (hystérique), le savoir (la science), le psychanalyste (objet a)-

Les 3 premiers discours se lisent ensemble dans des rapports où la position d'un sujet varie selon la circonstance. Le 4ème discours, celui du psychanalyste donne au sujet la possibilité de changement de place, d'occuper un moment la place du maître,dirigeant une tâche, il redevient ensuite le sujet barré de l'hystérie, interrogeant le savoir du maître, il prend dans l'intervalle place comme astudé, « sujet barré»de la science, de son savoir, se mettant entre parenthèse donc.

 

La fonction de la psychanalyse ainsi est de dialectiser les places, de permettre au sujet de changer de position subjective, de ne pas être « rivé » à une posture identificatrice. En présentant les 4 discours, c'est la fonction du semblant qui est à l'oeuvre. La fonction du sujet est un semblant et dès lors, il ne faut pas trop croire à cette position dans une fonction, sinon, cela coince, position alors daans la névrose ou la psychose.

Si la position du sujet hystérique est figée, ce sujet aura du mal à devenir père, ou mère, position qui nécessite de prendre ou d'occuper la place d'agent dans le discours du maître. De même, un sujet figé en une posture de « maître », ne pourra longtemps soutenir les assauts revendicatifs des sujets en position hystériques, lui demandant de rendre compte de ses décisions. Il devra comme maître, se déplacer vers une position dans le discours de la science pour mieux fonder ou justifier sa décision. « C'est comme ça ! Ça suffit !» est une position dans le discours du maître au sein de la famille peut-être, mais moins dans le champ de la politique.

 

L'agent ou l'opérateur logique de cette circulation est le psychanalyste par qui la castration en chaque position d'un sujet dans le discours sous lequel il se présente dans « un désir », est assurée.

En même temps que le psychanalyste n'a lui, plus peur de la castration, il l'inscrit dans un au-delà du supportable, dans le désir, comme « aimée » dans le transfert - C.soler parle d'élation de la castration -en soutenant sa place à lui, place du désir de l'analyste et d'objet a pour l'analysant.

Alors, le sujet pour lequel la castration dans une position du discours agit, devient susceptible de « réviser » sa position, en concevant la faille, le manque au sein de cette position. Et en les vivant « bien » dans l'amour de transfert, il peut les accepter, cette faille et ce manque, et opérer lui-même un « bougé » d'une position sinon rigide ou fixée vers une position d'ouverture, soit, une position d'amour, orientée par un objet a. Métonymie du désir et métaphore du signifiant sont à l'oeuvre dans la circulation d'une position d'un discours à l'autre.

 

Un sujet en position de maître dans le discours, vient vivre la castration qui s'applique à ses décisions autoritaires. Un sujet hystérique revendicatif et se plaignant du maître qui le contraint, peut cesser sa plainte et sa revendication pour « étudier » ce qui ne va pas. Un étudiant docile au savoir de la science, peut être « castré » de sa docilité confortable, et se saisir d'une exploration aventureuse et critique pour avancer plus loin dans des concepts, voir enfreindre ou désobéir à un« académisme  procédurier par exemple pour innover dans un savoir.

 

A ces 4 discours qui représentent le parlêtre dans sa dynamique dialectisée par le « désir de l'analyste », vient s'ajouter un 5ème, celui appelé « discours du capitaliste » que Lacan présente comme un avatar du discours du maître.

 

Ce 5ème discours vient heurter en la parasitant, cette « structure » à 4.

Le discours du capitaliste, prenant place du discours du maître, vient comme perturbateur de cette dialectique.

 

 

Ce discours est un discours de la perversion, il dénie l'impossible et la castration. Avec lui comme agent directeur, le parlêtre pourrait se passer de la contrainte de cette confrontation entre les 3 discours plus 1.

En effet le discours du capitaliste vaut pour supplanter tous les discours. En déniant l'impossible, tout devient possible.Au lieu d'opérer entre les 4 discours, le discours du capitaliste opère un raccourci direct, du sujetbarré à la jouissance.

Tout est présenté à partir du Sbarré, le commun des mortels en droit d'y parvenir, mis en position d'agent. Tout qui est là, comme individu roi, livré à une éthique « du célibataire » (Lacan, C.Soler), se saisit des signifiants maîtres qu'il souhaite et qui sont mis en position de vérité commandant alors la jouissance comme impératif absolu ou comme nécessité. Ensuite, ces signifiants de la nécessité d'une impérieuse jouissance, sont placés sous la lorgnette des savoirs afin de produire les objets de jouissance « commandés » et de les rapporter au « maître-commandeur », le sujetbarré au départ, afin qu'il en jouisse.

 

Immédiatement, on perçoit l'aspect totalitaire, surmoïque que prend le signifiant maîtrisé, en Vérité absolue de la jouissance, qui ne doit plus répondre à un autre signifiant, puisqu'il est « Vérité ». Les corrolaires que cela impliquent sont « dictatoriaux ». En effet, chaque Un sur la scène « limitée » du cadre de production qu'est l’État mondialisé capitaliste, est mis en position de droit de satisfaire ses choix mis en position de Vérité, pour autant qu'il sache déployer les moyens nécessaires de science et de travail pour fabriquer et objectiver alors « sa Vérité » en une marchandise source de plus-value à laquelle il pourra accéder pour en jouir.

Tout cela sous condition d'une concurrence, d'une course de tout le monde avec tout le monde pour occuper la place de Un commandeur de jouissance. Soit aussi les frustrations immenses, les sentiments d'injustice face aux procédés déloyaux, malhonnêtes, au caractère malin, rusé, à l'intelligence usurpée, instrumentalisée qui sont mis en œuvre.

L'éthique du capitaliste est d'arriver à ses fins au mieux dans l'observance des lois, au pire dans leur outrepassement, leur inflexion, car cette éthique individuelle, célibataire de la jouissance des biens est comme toute éthique au service des biens, une éthique au service du pouvoir.(Lacan)

 

Ce discours à l'oeuvre de la manière la plus cynique qu'il soit, organisé dans le droit universel de la marchandise et du profit, n'est qu'une fabrique de la guerre des uns contre les autres, de tous contre tous, comme le disait déjà Marx.

 

La différence que produit l'arrivée du discours du capitaliste, c'est qu'il n' y a plus « ni maître, ni Dieu » pour produire « linconscient », que chaque position de discours se suffit à elle-même et qu'elle supplante l'altérité que la castration et l'impossible « du rapport sexuel » y situait.

 

Tout un chacun est par ce discours mis à la place de maître et responsable de sa jouissance.

La plainte hystérique d'un sujet commun, barré, ne s'adresse plus au Maître dans la question de son savoir sur le désir, mais à lui-même comme « pas encore maître-commandeur de sa jouissance » et vise le même cynisme que celui que déploie l'autre, en place déjà de commandeur de jouissance et jouisseur qui l'administre, qui le commande au profit d'une production de biens et de sa jouissance à lui, augmentée, auquel il se compare en miroir. L'un jalouse crûment l'autre mais ne souhaite pas autre chose que de prendre un jour sa place pour « mieux jouir ».

Comparaison instructive car ne portant cyniquement que sur la question des moyens pour accèder à une jouissance supposée chez l'autre, vu comme commandant la jouissance et jouissant.

A ce régime-là d'ailleurs, les coups d' Etat dans certains pays d'Afrique, sont éloquents.

 

C.Soler a inventé un néologisme qui exprime parfaitement ce rapport « asocial » nouveau, que le discours du capitaliste importe dans le parlêtre en l'extirpant de sa fonction de désir,

Sans castration, pas de désir, pas de manque, et donc une jouissance non-médiée par l'impasse de l'impossible du rapport sexuel, pas d'amour, puisque pas de manque, de faille dans l'Autre, mais une « adoration » absolue, un culte au veau d'or de la Vérité possible mise dans l'objet à produire, une jouissance impérieuse à obtenir par la jouissance du bien, comme Unique bien, puisque il n' y a plus que l'amour de soi dans sa visée et pour sa visée d'objet qui compte.

 

C.Soler désigne ce « nouveau phénomène d'un homme « social » asocial » dont l'altérité est bannie par le discours,  du terme qui le caractérise de « narcynisme ». Sujet « revanchard et combatif en diable » pour qui tout est bon pour parvenir aux buts jouissance qu'il s'est donné.

 

Le narcynique est le prototype citoyen d'un accomplissement du « sujet-individu-célibaire de droit  dans la jouissance » dans une structure sociale de production de cette jouissance, comme non seulement pouvant, mais devant y parvenir. 

Les traitements infligés aux chômeurs, aux personnes qui perdent un travail, ou comme les étudiants qui n'en n'ont jamais eu, les incitant drastiquement et souvent par voie de force morale autant qu'économique à « (re)trouver » au plus vite une « dignité » dans un nouveau travail, quel qu'il soit, dans sa nature comme dans ses conditions, mais indicateur de leur (ré)insertion dans la société, en témoignent.

Le pouvoir est au coeur du discours du capitaliste comme l'outil essentiel du sujet barré en vue d'une participation, intégration sociale. Le discours du capitaliste est une formule d'abandon de la question du désir. Ne doivent rester en jeu que les jouissances, comme témoins d'une appartenance citoyenne. A ce sujet, on a eu récemment l'exemple d'un président de la République faisant grand cas de sa montre de marque comme signe indéniable et gage, passé un certain âge, d'une « qualité sociale ».

 

Par rapport à la structure du parlêtre dans son effort lent, chaotique et vulnérable d'une confrontation à son désir, à partir et avec l'enjeu d' une position dans les discours de sa place dialectisée par le manque, la castration et l'impossible, avec la présence discursive de l'Autrebarré, amenant au sens, les moyens de ce discours du capitaliste appareillant le citoyen dans le droit d'une volonté impérieuse d'entreprendre et de travailler au service de sa jouissance comme son bien mérité, le pourvoyant d'ailleurs en récompense de son « revenu », sont incroyablement plus attrayants.

Ils promettent dans l'engagement d'une immédiateté, une réponse quasiment « conforme », devant satisfaire. La consommation nous consumme, disait Lacan en 75. C'est cela. L'immédiateté de la réponse à l'engagement d'argent pour un « bien », est la réponse « consummante » d'un au-delà de cette immédiateté satisfaite.

 

 

La psychanalyse se situe par rapport à cela.

«La seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c'est d'avoir cédé sur son désir... Enfin, le champ des biens, ça existe, il ne s'agit pas de le nier, mais renversant la perspective, je vous propose ceci, quatrième proposition- Il n' y a d'autre bien que ce qui peut servir à payer le prix pour l'accès au désir - en tant que ce désir, nous l'avons défini ailleurs comme la métonymie de notre être." Pg 370, et ensuite ce "Concernant ce dont il s'agit, à savoir ce qui se rapporte au désir, à son arroi et à son désarroi, la position du pouvoir, quel qu'il soit, en toute circonstance, dans toute incidence, historique ou pas, a toujours été la même (...)L'essentiel est ceci- continuez à travailler. Que le travail ne s'arrête pas. Ce qui veut dire-qu'il soit bien entendu que ce n'est en aucun cas une occasion de manifester le moindre désir.
La morale du pouvoir, du service des biens, c'est -Pour les désirs, vous repasserez. Qu'ils attendent." pg 363 »

 

10 lignes exceptionnelles, pour nous situer le problème, car là, dans l'affrontement guerrier entre «  Maîtres » visant la réalisation du meilleur bien selon leurs discours à chacun, dans une récupération « politique » de l'événement, il faut bien voir un certain mode et une certaine banalité dans ce qui consiste à résoudre un problème par un autre problème, encore plus grand !

 

 

2 De la haine

 

Le seuil a été franchi, une fois de plus, une guerre est déclarée. Et avec elle, la question d'une joiussance de la haine dans celle de la traque à l'ennemi. Mais qui est l'ennemi ?

Un déversoir de la haine est en train de se répandre, même s'il prendra bientôt des formes civilisées au nom des valeurs de la République, le déversoir aura bien lieu. Car ce qui règle toujours la question du bien, du bien pour soi, pour et de l'autre aussi, ne peut ramener toujours qu' à la haine jouïe que l'on finira par retrouver dans ce qui d'une torsion de l'acte du pouvoir réduit aussi la haine à soi.

 

« J'ai la haine » disent les nouvelles générations, à propos de quelque chose chez eux qui s'impose à partir d'une absence faite à l'Autre.

Lorsque mon bien est pris et engagé comme celui de l'autre, et que je le lui impose ou que je m'y enferme, c'est là le signe que l'amour, ce qui fait « changement de place dans le discours » n'est plus à l'ouverture de ce changement. Il n'est plus que narcynisme, "amour" de son pouvoir sur l'autre, comme « avoir » « possession ».
Savoir pervers de la jouissance de l'autre,que l'on finira par retrouver dans ce qui d'une torsion de l'acte du pouvoir réduit aussi la haine à soi.
Alors, comme envers de l'amour qui n'est plus que narcynique, surgit la haine à soi, comme une propriété à laquelle on colle, un avoir qui nous possède et qui nous fait « plein », réel de sa jouissance. Le narcynique a la haine. De l'autre, il jouit de voir qu'il le supplante. C'est son cynisme qui n'a de limite que son narcissisme. A son égo entamé par l'autre, il n'est que surenchère de la haine déversée sur cet autre afin qu'elle l'écrase, le tue symboliquement et si cela ne suffit pas, si l'autre, comme un "poux" dont on ne se débarasse pas persiste, on passe aux grands moyens de l'éradication chimique, mécanique...pourvu qu'il n'en reste rien.

L'usage de cette haine qu'on a comme sa porpriété à "jouir", tel d'un bien, en usufruit, est la catastrophe de ce qu'elle détruit.

La haine, dans sa jouissance, dans son application de passage à l' acte, est l'impuissance d'un arasement. Elle laisse toujours un goût amer, elle promeut le désert autour de soi...soit encore plus de haine, « de révolte impuissante » à jouir sur l'autre. Les chiens aboient.

« Faire les choses au nom du bien, et plus encore du bien de l'autre, voilà qui est bien loin de nous mettre à l'abri non seulement de la culpabilité, mais de toutes sortes de catastrophes intérieures. En particulier cela ne nous met pas à l'abri de la névrose et de ses conséquences" Lacan in l'Ethique de la psychanalyse pg 368 »


La culture du bien est une culture de la haine lorsque le bien, dans cette construction pour soi et/ou pour l'autre, d'un lieu, d'une représentation logeant son « bonheur », se trouve sans médiation d'une faille, d'un manque qui dialectise sa question dans l'Autre du manque.

Alors, comme elle est générée sous la coupe du discours du capitaliste, vu plus haut, la haine du narcynique n'est plus l'autre pôle de l'amour, dans l'ambivalence de "amour et haine". Elle ne joue plus son rôle dans un objet autre de marqueur d'un désir dans le conflit entre l' attirance et la répulsion.
C'est pour cela que dans un couple, il y a ambivalence de la haine et de l'amour dans un chassé croisé de l'ouverture confrontée à la fermeture.

Dans le discours du capitaliste, la haine devient seule, à l'antithèse d'une promotion du hasard, de la rencontre, et de ce qui là se découvre de l'Autre comme hétérité dans ses effets d'inquiétude devant ce qu'on ne connaît pas et une ambivalence.
Sans question de ce mouvement entre les pôles de l'amour et de la haine, elle est produite comme « plein » en vidant toute altérité.
Il n' y a plus que du UN à soi sans aucune place à l'autre. Cynisme et barabarie: après moi, les mouches!

Un des effets de cette hétérité que le manque dans l'Autre comme tiers opérant active, est la possibilité de l'amour qui s'envisage comme la grâce d'une ouverture par le manque à la présence de l'autre dans sa différence, dans son étrangeté d'autre.

La haine à soi du narcynique, sans hétérité, est une porte refermée sur l'autre qui signifie la fermeture sur soi.

Tous les jours, le discurs du capitaliste met ce narcynisme en exergue dans ses formidables réalisations et succès "professionnels" qui écrasent la concurrence, soumettent les faibles, imposent les forts.
 

Dans le miroir de la réalité, c'est ce cynisme arrogant qui est brandit et qui se reflète autant chez les "vainqueurs" que chez les vaincus, qui pleurent eux, de ne pas être des "vainqueurs" et qui dans leur misère de perdant se rafermissent sur une nostalgique valeur de Justice du passé contenue en Dieu.

D'un côté, des abandonnés de Dieu, dans leur haine de Dieu...haine qui vient de Dieu donc, utilisent ce pôle d'orientation du désir depuis des millénaires qu'est « Dieu » pour en faire « un réel » une atrocité pleine. De l'autre, la réaction de ce qu'on peut appeler l'Unité qui derrière un mot d'ordre va trouver une foule dans sa jouissance.

Jouissance difficile à perdre, une fois qu'on l'a vécue dans ce ferment qu'est l'unification dans un unifiant « commun », trouvé !

Cela dit, il y a de bons mots d'ordre unifiant une foule, il y en a d'autres criminels et assassins.

Dans ceux qui mobilisent aujourd'hui, la défense du rire même dans la provocation est certainement un bon signifiant de l'unification.

Reprise d'une voie de l'inconscient, il ne pourrait en être autrement pour un psychanalyste.

 

Dans le même temps, d'autres signifiants sont amenés et font l'objet de rassemblement; des signifiants beaucoup plus discutables comme la "sécurité" et son sentiment, la "santé", le "bien être", "l'amour", l'union de tous dans la citoyenneté nationale", autant de biens souverains, qui exercent eux des boucs émissaires : la violence, la haine...
Non dialectisés, ces signifiants-là  sont visés comme des affects ou des comportements à toujours bannir, dans le même temps où la violence et la haine presque inhérente de l'Etat continuent. Qui a oublié que les terroristes, hier étaient des résistants? Que la violence pour les vainqueurs de la guerre 40-45 était une valeur sûre contre les nazis? Qu'il n' y a pas d'autorité sans le consentement d'une violence?

La « sécurité » sert à tout pour contraindre et restreindre certains espaces de « liberté » ou de désobéissance. Contre le terrorisme aveugle devient contre les extrémismes et toute idée d'une violence. On nous lave ainsi le cerveau de ce qu'est une réalité humaine qui ne va pas sans une violence que le désir lui-même connaît comme son noyau. Le bébé qui veut quelque chose a vite compris certains de ses usages. On oublie toute cette complexité et on arrase les concepts en les réduisant à ce qui nous arrangent. violence symbolique.
Un nivellement de la masse s'obtient dans la « pensée unique » qui elle, ainsi progresse
 

Dans notre description du discours du capitaliste pourtant, quoi de plus insécurisant, porteur d'insécurité que d'en rester tributaire ?

 

D'où la question de comment mettre la barre et la tenir au bon endroit ?

 

 

 

3 Le terrorisme des islamistes dans une histoire religieuse et de l'athéisme.

 

 

Dans notre monde global, Dieu s'est barré. Que reste-t-il pour une série de personnes ?

 

Des abandonnés de Dieu, donc que cet abandon comme « réel du trou en Dieu » a rendus « fou », règlent leurs compte avec la vie dans un « sang versé de Dieu ».

Ils choisissent la face de haine que supporte Dieu, plutôt que celle, autre de l'amour, pour tenter de se soustraire à la souffrance de son absence annoncée voire avérée. Des peuples ainsi entrent en guerre, qui rassemblent des rapports différenciés à Dieu et à l'athéisme.

 

Deux faces en Dieu et une troisième dont on parlera tout à l'heure n'a pas encore fait présence suffisante pour s'imposer comme troisième terme d'un trépied, d'une structure qui pourrait faire tenir « Dieu », appelons-le ici l'Autre, l'Autre lacanien, dans l'athéisme.

 

Celle haineuse, du Dieu sombre, colérique, de châtiment, que l'on connaît dans l'Ancien Testament et que les trois cultures religieuses actuelles (arabe, juive et chrétienne) connaissent en chacune d'elle, comme un ferment du corpus religieux.

 

On pourrait y voir d'ailleurs une des raisons de la violence de l'affrontement qui oppose encore aujourd'hui principalement les arabes aux juifs. Deux lectures du Dieu Unique, se nourrissent des aspects les plus sombres de ce Dieu commun pour attiser une haine et une violence assassine. Des pays arabes d'un côté, Israël de l'autre.

 

La deuxième face de Dieu, est celle de la révélation chrétienne, lui donnant sa couleur de lumière et d'amour.

Et c'est sur le territoire historique de cette scène-là, au coeur d'une des nations de cette civilisation judéo-chrétienne, « porteuse de la voix de l'amour et aussi de la lumière » que cette guerre est importée…

 

Après les U.S.A, la vieille Europe, avec l'Espagne, la G.B, la Belgique et maintenant la France comme théâtre de cette guerre à « trois » dont les racines se trouveraient dans cet étrange rapport du monde à Dieu.

Et ce n'est pas parce que nous sommes en « démocratie à l'occidentale », dans une République pour la France, que la présence des valeurs supposées venir des religions et devant aider à supporter et orienter nos existences, ne sont pas plus que jamais actives et activées. Là aussi, Lacan était prémonitoire, pariant sur le retour en force des religions.

 

La question que ces événements pose politiquement est celle de la réaction.

Comment ce qui nous vient du siècle des lumières, ce qui s'est écrit dans la « Révolution » fin 18ème siècle, pourrait encore ou non déboucher sur une quelconque « lumière », ne pas verser le monde dans les ténèbres de la réaction ?

Oui, « la Révolution des libertés » comme on l'a parfois appelée, est en danger de se perdre dans la réponse d'une réaction que l'on entend et voit poindre un peu partout : « Retour aux vraies valeurs, montée de l'extrême droite, des nationalismes, montée en puissance des identités communautaires, développement exponentiel du « surveiller et punir » dans une gestion« bio-éthique » du pouvoir, arasement de la parole, développement des pouvoirs d'administration, de la bureaucratie. »

 

 

Mais comment la Révolution pourrait-elle être vivante encore parmi tous ces obstacles ?

 

C'est ainsi qu'au nom de Dieu, aussi bien qu'au nom de la République, on en arrivera à se mobiliser pour des partis prônant la haine dans l'exclusion de l'autre ou plus sournoisement sous couvert du droit, dans l'idéologie des « Uns-célibatiares , tous narcyniques » de la propagande du discours du capitaliste, avec les mesures d'objectivation, de surveillance, d'administration qui l'accompagnent. 

 

4 Du meurtre politique de la chose étrangère, de l'altérité.

 

Le retour du réel, du vide dans son trauma est « programmé » par la place pleine qu'on lui a donnée dans une représentation, dans une idée, une pensée.

Les nazis se sont appuyés sur la même logique pour vouloir purifier la terre du « juif » personnifant pour Hitler l'identité générique de l'autre faisant toujours problème à l'Un , en s'appuyant indirectement aussi sur le nom de Dieu, dont Hitler, comme le « Fürher » remplissait la mission » au service du Peuple allemand. Il était le guide et avait pris la place de « Père ». de « l' Un » qui non seulement fait le liant des foules, mais aussi les guide. Les chinois « révolutionnaires » de Mao ont fait de même, l'appelant le « grand timonier » ; les iraniens sont tentés également par cette aventure, déclarant le « guide suprême », les staliniens aussi, avec le sobriquet de « petit père des peuples » ont fait et mis Staline à la place du délire.

Quel servant actuel de la République ne prendra-t-il pas la même fonction pour « sécuriser » le pays ? Par extension, l'Europe, et encore plus loin, « le  Monde » ?


Lorsque le réel n'est pas a sa place, (mais quelle est la juste place du réel sinon celle de l'impossible?) et qu'on le force à rentrer dans du « symbolique », dans de la représentation, c'est ce qui arrive. Il revient dans la désillusion de son « contre-emploi », de son mauvais usage, par la fenêtre de l' « impuissance » de la réalité à le réaliser, et le plein avec lequel se manifeste alors l'infortune de son manque inhérent, de son impossible, apparaît terrible alors, s'abat avec toute la fureur et la détermination froide des hommes de vouloir régler la situation « une fois pour toutes » dans le pouvoir ; dans le pouvoir de « fer » d'un fantasme de solution politique...toujours alors aux relents d'une « solution finale », définitive.

 

C'est ce « une fois pour toutes » dont il faut pouvoir s'abstenir aujourd'hui dans la réponse citoyenne à la réponse au malaise de leur abandon des islamistes radicaux.

 

Car, « une fois pour toutes  débarrassons-nous maintenant de ce problème !»  est ce qui tente une partie de cette civilité citoyenne visant à leur éradication, sous la forme de tous les moyens à mettre en œuvre pour nous protéger des problèmes en parvenant à nous en débarrasser.

Moyens légaux pour restreindre « ces libertés » que nous avons encore, à la mesure de la propagande de leur restriction. Réplique généralisée du « Patriot act », d'une surveillance et d'un contrôle étendu comme prévention de l'acte à tous et à toutes.

 

C'est déjà ce qu'on peut lire dans le Figaro comme quoi, « La république » a failli et qu'il faut revoir les mesures d'observation, de surveillance, de contrôle, de punition dans le sens de leur extension de leur meilleure généralisation et application.

 

Cette logique, oublie que ce retour du réel des islamistes radicaux qui prend place dans un contexte d'économie politique mondiale, est un symptôme dans lequel la dimension culturelle, de l'héritage culturel dans le lien à la figure qu'a pris l'Autre, derrière celle bien entendu de Dieu, est opérante.

 

L' islamisme radical, ce djihadisme, est l' effet d'un abandon vécu dans l' imaginaire de l'Autre, de Dieu, comme un abandon de Dieu insupportable, car ils ne peuvent croire en le seul salut de hommes par les hommes.

Ils vivent le monde comme abandon de Dieu…

Ce que la religion chrétienne par la profession de foi en la résurrection du Christ a apporté. Les apôtres nommant le Christ ressuscité dépassent la mort de Dieu, l'abandon de son Fils, et ils reprennent au compte des hommes, de la parole des hommes, dans leur immanence, de le sauver symboliquement. Ce n'est plus Dieu qui « sauve » les hommes, mais les hommes qui se sauvent dans ce dire d'amour pour un homme qui sinon aurait disparu de toute mémoire car il aurait été un des ces hommes nombreux fous qui se prenaient pour Dieu !

 

La religion islamique n'a pas encore fait ce deuil de l'abandon de Dieu. Ce pourquoi d'ailleurs ils courent avec la plus extrême des violences à sa poursuite, s'en revendiquant en voulant le remettre au jour des hommes par tous les moyens de la force de ceux parmis eux, héroïques serviteurs de Dieu, dont c'est la mission. Sauver Dieu, en repeuplant la terre dans la vérité d'un non abandon de Dieu.

Le sentiment de la perte de Dieu s'écrit dans et comme la « perte de l' Autre », de sa matrice, avec l'angoisse que cela suscite de se trouver dans une situation de vie où l'on se voit et où l'on se sent « perdu », abandonné de l'Autre matriciel, et où donc, pour soi-même, on est  comme coupé, séparé dans une situation d'insupportable angoisse. L'islam ne rend pas l'homme à sa division. Il le rend à l'imaginaire du Un dans l'Autre, source de toute chose, créateur de la vie. Ce Dieu est un Dieu matriciel, un Dieu-Mère pourvoyeur d'amour. D'où le rôle prépodérant dévolu à la mère dans la culture musulmane et aussi juive qui connaît le même problème d'une référence à un Dieu matriciel dont l'abandon signifie l'abandon de son amour : angoisse de déréliction.


Ce problème d'une séparation imaginée impossible avec la matrice, celle du Dieu matriciel, soit la question de ce que veux dire que nous sommes divisés, est ce qui justifie souvent une entrée en analyse.
La psychanalyse avec son corollaire du transfert, est la réponse occidentale à cette angoisse de déréliction, dans l'invention de "ce nouvel amour" dont sa scène transférentielle témoigne.

Et devant quoi l'analyste n'est pas effrayé « L'angoisse déjà se déploie en laissant se profiler un danger, alors qu'il n' y a pas de danger au niveau de l'expérience dernière de l'Hilflozkeit » Lacan, Séminaire VII, L'éthique de la psychanalyse, Ed du Seuil, pg 351

 

« Perte de Dieu, appel à Dieu » vont de pair. Où « la tournure » que prend le monde les a laissés imaginairement, « perdus de Dieu », dans une proximité d'angoisse telle qu'ils se trouvent réellement abandonnés et déjà répudiés par l'impuissance- métaphore de l'impasse politique actuelle où se trouve le monde dans un fonctionnement horrible de ségrégations et d'exclusions, de terreurs administrées même sous l'égide des « Nations Unies » incapables de faire régner « une loi internationale», et qui fait d'ailleurs de ces combattants, comme ils le proclament eux-mêmes, plus des combattants de la Justice, que de Dieu, ou d'un Dieu qui justement est appelé à rendre sa Justice, supposée meilleure que celle qui se passe aujourd'hui aux « mains » de l'immanence « matérialiste » dirigée en grande partie par les « occidentaux », laissée aux hommes, quelle soit républicaine, monarchiste parlementaire, étatunisienne,ou despotique…

La frustration vis-à-vis de l'occident vainqueur, est prise comme une humiliation que l'impuissance redouble d'une colère qui rendra à nouveau digne de l'amour du Dieu matriciel. L'islam radical a profondément honte de la condition inférieure, soumise aux lois impures de l'occident. Et c'est pour regagner l'estime perdue aux yeux du Dieu-Mère, qu'ils sont prêts à tout.
 

5 Les héros d'une résistance dans le suicide de « Dieu ».

 

Ces « exclus » de la terre, se voient comme des victimes du chaos de la mondialisation, ils sont parmi les symptômes de ce monde, dans le cri symptomatique de cette informulation où le politique, par les ségrégations, les exclusions, les sacrifiés fait ressentir l'ignominie des rapports sociaux aujourd'hui dans l'abandon et l'angoisse suscitée sans autre lieu de traitement que cette impasse religieuse s'opposant en rivalités haineuses.

 

Car les discours des maîtres actuels, inféodés qui plus est au discours du capitaliste, abolissent tout simplement la question du désir, comme le dit Lacan, dans leur exercice du pouvoir.
Au tout phallique du discours du capitaliste se soutenant du Dieu abstrait de la Valeur se valorisant, répond avec l'énergie du désespoir l'engagement dans un tout phallique en ce Dieu "usé" matriciel, Dieu-Mère, ne faisant pas le poids sinon par la folie de désastre que l'identifcation à cet amour maternel permet. La folie "kamikase" est une folie où tout le monde endoctriné, femmes, hommes, jeunes, vieux, enfants etc  enveloppé et ceint de cet amour maternel en Dieu, est susceptible de porter héroïquement  un coup fatal à l'ennemi, est, conserve ainsi une puissance de terreur absolument sidérante pour l'autre camp et par ce moyen parvient à soutenir le conflit dans un sorte de "jouissance" sacrificielle qui éffectivement "donne" à ces gens le courage pour vaincre l'éternité.
Les deux camps se font face dans la surenchère d'une maîtrise, éliminant toute place "aux faibles" de la question du désir, de l'inconscient

Et avec « cette fermeture  d'un entretien de la question du désir et son découragement, car la psychanalyse lacanienne est visée comme une peste par les maîtres actuels, c'est une société mondiale, en guerres de réactions, qui entraîne la réalité dans un assemblage fait de courroies de machines à fabriquer la mort, tout cela de manière où cela se répète, se multiplie dans une surenchère exponentielle.

 

6 Le repli sur l'adage sécuritaire, versus le « troupeau ».

 

La tentation d'en finir une fois pour toutes avec ces manifestations symptomatiques, la tentation donc de vouloir « guérir » le monde une fois pour toutes, se vérifie dans la propagande sécuritaire visant cet usage d'étendre à tous et à toutes les mesures préventives d' une violence qui pourrait surgir.

 

Au nom de la « liberté » et de notre protection, de notre sécurité, pour la garantir mieux cette « liberté », il faut à ce monde adopter la posture paranoïaque de faire le monde à son image, à sa représentation sécurisée, scientifiquement objectivée et organisée, qu'en aucun moment elle ne puisse nous submerger.

« Si nous voulons être libres, soyons sécurisés » Et pour être sécurisés, soyons enfermés, à l'abri des mesures qui vont nous permettre de prévoir tout. Et que cela se réalise démocratiquement ! »

Voilà comment avec les foules rassemblées, ne se réfléchira plus le monde que dans le miroir d'une chose appelée « humaine » qui n'a pourtant que son être dans l'objet de son idée, de sa représentation garantissant comme « agent de la civilité capitaliste » sur papier, un soi-disant « vivre ensemble ».

Tous en troupeau pour le bien de tous. Parce que la « liberté » est dangereuse à l'homme. Parce que le « non-savoir » l'imprédicable de son parcours dans son désir apparaissent de plus en plus comme des facteurs à risques ingérables, inadministrables hors « surveillance et contrôle ».

« Concernant ce dont il s'agit, à savoir ce qui se rapporte au désir, à son arroi et à son désarroi, la position du pouvoir, quel qu'il spoit, en toute circonstance, dans toute incidence, historique ou pas, a toujours été la même (...)L'essentiel est ceci- continuez à travailler. Que le travail ne s'arrête pas. Ce qui veut dire-qu'il soit bien entendu que ce n'est en aucun cas une occasion de manifester le moindre désir.
La morale du pouvoir, du service des biens, c'est -Pour les désirs, vous repasserez. Qu'ils attendent." l'éthique de la psychanalyse,pg 363 »

 

Ainsi, cette civilité actuelle, discours du maître pour le service du bien d'un peuple, d'une nation, d'un conglomérat de nations, etc qu'on appelle « Occident », « Europe », au point de vue militaire, « Pays de l'Otan », « coalition », ne peut plus se traiter dans une confiance portée au non-savoir de ses membres. Nous, « citoyens » de cette partie du monde, sommes réquisitionnés par la science, objectivés par elle dans nos institutions et nos comportements pour soulager ce qu'il pourrait en être d'une « dangereuse » liberté que nous réclamons pourtant.

Alors que c'est l'exercice de « cette liberté » dans nos pays qui met d'autres pays, d'autres peuples, d'autres modes de civilité dans une impossible concurrence religieuse, culturelle, cultuelle, économique, « politique » à nos yeux, déclenchant des guerres « préventives »,mêmes, des invasions, des annexions territoriales et économiques, des soumissions de peuples, des digestions de cultures, dans la seule visée de profiter à l'extension, à la pérennisation d'un exercice propre, particulier d'une jouissance des biens au service de l'idée de notre idée du « bien » pour tous.

 

Ce bien aujourd'hui, s'appelle « discours du capitaliste » qui néanmoins sacrificiel à une échelle jamais atteinte, des populations comme des « autres » ressources du monde, devrait gérer « la condition humaine » sous sa seule optique totalitaire.

 

Alors, il ne faut pas s'étonner de cet état de guerre nouveau, importé à l'intérieur de nos Etats.

Notre monde, représenté comme une organisation mondiale de la production et de la reproduction humaine dans la technique, la science utilisée par le discours du capitaliste, est un monde qui oppose ce nouveau Dieu innomé de la Valeur se valorisant, arguant de l'absence d'impossible, promettant toute jouissance sans castration  avec ses effets sacrificiels dévastateurs à d'autres versions de Dieu, dont celui obscur et radical de ceux qui ont choisi de s'y reconnaître, dans l'illusion de pouvoir s'y soutenir.

 

Ils le peuvent, s'y soutenir, mais pas autrement que dans la déclaration de guerre, véhémente, suicidaire, et dans l'illusion que la jouissance de la guerre peut apporter à un peuple, à un clan, voire à quelques sectes et/ou individus rassemblés sous une bannière payée enfin d'une reconnaissance et d'un amour.

Car par la « religion » qui relie les hommes, ils se sentent reconnus même dans le désespoir d'un « Père », d'un « Nom du père » comme « Dieu » qui ne leur répond pas mais qu'ils appellent.

 

Ces combattants sont une réplique de ce que nos ancêtres ont expérimenté. Ils sont des guerriers dans la proclamation d'une nouvelle guerre, comme il y en a déjà eu tant auparavant, opposant des peuples prétextant de Dieu.

 

Résumons.

Notre société est dominée par ce faux discours du maître qu'est le discours du capitaliste. Ce discours n'a pas d'Autrebarré, on l'a vu avant, il se présente comme toutalitaire, toutalisant. Dans sa formule de raccourci vers la jouissance du bien « souverain » réduit à son service, ce discours met en place un Autre non barré puisque chacun peut se saisir des signifiants maîtres de « son désir » comme Vérité. Le signifiant ainsi est « maîtrisé » dans une signification du « faire », en-fer , d'un véritable enfer. Avec lui, le service des « biens » devient une religion absolue, supplantant toutes les autres figures anciennes de Dieu qui elles sont encore entamé par l' hypothèse le concernant. Ce nouveau Dieu qui ne dit pas son nom de religion absolue, ne laisse aucune marge à l'impossible et au manque. Le discours du capitaliste rend compte d'un « Tout phallique ». Il est l'Autre en exercice de preuve : « travaillez, travaillez ! -Pour les désirs, vous repasserez. Qu'ils attendent." Lacan pg 363 »

Face à cela, à la toute puissance de réel de ce Dieu-là « réalisant » le plein, le réel fait retour dans cet investissement imaginaire nostalgique d'une autre figure de Dieu qui « résisterait » elle à cette toute puissance catastrophique.

Les islamistes radicaux, les « terroristes » ou encore, « les enragés de Dieu », dans leur actions de « carnage contre carnage », pour le retour d'une hypothétique « Justice de Dieu », sont le nom de ce symptôme général de la disparition dans la réalité (re)productrice du monde d'une fonction donnée à l'Autrebarré, à une instance supposée d'une jouissance du manque, par laquelle le désir peut prendre sens et la jouissance de l'homme en tant que parlêtre rester vivante.

 

Fonction de l'analyse. D'où cette proposition que « la psychanalyse lacanienne est une religion pour en sortir » par le un par un du « corps à corps », de l'Encore, de l'en-corps du corps parlant, de la jouissance prise an corps du « parlêtre ».

Le « terrorisme » ainsi est une production sous  discours du capitaliste lui-même. Le lieu, le moment de son horreur d'Autre absolu, non barré, où le serpent se mord la queue, s'avale et se digère lui-même. Le moment pour notre époque où l'horreur et la catastrophe des effets de ce discours rendent compte de sa shyzophrénie, lui interdisant de voir dans son propre discours de réaction -sécuritaire l'aliment d'une surenchère à la planification de l'horreur : la révélation grandissante de sa paranoïa.

 

 

 

 

7 Le nouvel ordre paranoïaque du monde.

 

Si ceux-là font retour du réel, en voulant croire et voir en un Dieu plein les attendant, d'autres aussi participent à ce retour du réel.

 

Le bâton du retour de réel revient toujours de ce que la violence constitutive dans le symbolique, se heurte à un objet plein toutalisant.

Une violence est inhérente, constitutive de l'humanité dans la condition de l'homme qui veut par son désir, quelque chose qui nécessairement fait violence à ce que l'autre a ou n'a pas. La violence s'écrit dans le symbolique. Aucun Etat ne fait pas violence de ses décisions à ceux qui n'en voudraient pas.

Aucun discours du maître n'échappe à une violence. Il y a une violence à laquelle on consent. Celle de l'autorité, qui pourvoit le maître d'une autorité.

Ce qui permet le déferlement du réel, c'est autre chose, c'est ce qui vient d'un ordre toutalisant, formatant le plein. Cet ordre, à travers le discours du capitaliste, ne se met pas en place d'aujourd'hui. « La pensée unique » est un mouvement profond, persusasif d'une « réalité » appelée « réalisme » souvent présenté contre « l'utopie » et la rêverie des inconscients. La « pensée unique » agît en souterrain.

 

Elle se manifeste comme « réalité d'un réalisme qui doit faire face aux désordres et dangers de toutes sortes de ce monde. C'est l'ordre de surveillance paranoïaque dans des gouvernances de pouvoirs « bio-éthiques » décrites par Foucault.

Les islamistes sont dupes, certes, d'un Nom du père qu'ils voudraient de chair et d'os ; mais qu'en est-il de nous, de manière générale ?

De ne pas être dupe de ces « Nom du Père »  que sont devenus « Démocratie », « République », « Nation » !!!

 

Et dans les déploiements de ces « constructions » où nos Etats et les citoyens fondent, encouragent, obéissent à la gestion du bien sans plus se soucier de la question de leur désir, dans l'obéissance et la soumission des ségrégations identitaires de jouissances, ne dîtes pas, « ne présumez pas que je sois un ennemi, car dans cette présomption et les moyens qui la supportent, il y a tous les ingrédients pour que je le devienne réellement ».

C'est bien ce qui arrive avec les garanties à pourvoir qui occupent presque tous les domaines de l'exercice d'une activité aujourd'hui.

La bureaucratie, l'administration nous inonde de papiers à avoir, des « bons papiers » dans les bonnes circonstances qui vous feront obtenir certains accès à certains services et/ou jouissances et qui feront de nous des « êtres » admis, en règle, en « ordre » et donc « autorisés », contre tous ceux qui n'en n'ont pas oou qui n'en n'ont plus.

 

L'homme, le citoyen ne peut plus qu'être suspecté presque à la naissance déjà de délinquant, futur « terroriste en puissance » à éduquer, surveiller, à administrer médicalement ou bien à punir en cas de « désobéissance » à cette représentation d'un siège de dangerosité explosive scientifiquement diagnostiquée en lui (voire les rapports en France de l'INSERM sur la santé et la prévention).

Si ce suspect généralisé l'est non seulement comme d'une descendance culturelle religieuse, mais aussi dans une propriété biologique, « naturelle », qui en fait un « ennemi de la démocratie » et par amalgame et un « terroriste » ou un « extrémiste », alors, l'état de ces libertés est déjà etbien mal entamé et mis à la poubelle.

 

Certaines valeurs  et avancées, qui découlent notamment de la « révolution des lumières » ne peuvent encore se retrouver au fondement d'une civilité universelle, que dans le plus strict respect de deux principes :

« Mieux vaut un coup able en liberté qu'un innocent en prison »

Et ensuite, celui de l'exercice de la présomption d'innocence, qui sous-entend que ce qui régit nos rapports de citoyenneté et de civilité, c'est « le bénéfice laissé au doute ».

Ces deux principes sont encore les remparts à l'objectivation de la figure paranoïaque comme celle du « citoyen », figure où tout le monde est déjà coupable avant même d'avoir commis le moindre acte et où tout le monde est potentiellement l'ennemi de chacun, pouvant lui faire réellement du mal, lui nuire par simple effet d'une suspicion.

En effet, si le respect strict de ces principes n'est pas observé, « si le bénéfice du doute ne doit pas s'exercer de manière radicale » on peut bien alors « civilement » accepter que de simples suspects par délation soient emprisonnés, et tout le monde alors devient sous l'oeil de l'autre un ennemi dont il faut se méfier.

 

Et aujourd'hui, dans ce monde pétri du réalisme qui s'impose comme « main de fer » et enfer de la réalité, à travers les commandements du discours du capitaliste, on peut effectivement se demander ce qui reste et ce qui peut encore faire levier pour échapper à la fureur de ce monde de « réalisme ».

Quels principes pourront encore faire office de garde-fous à la propagande du réalisme lorsque la question de la sécurité, posée comme elle l'est, massifie et submerge la pensée en « pensée unique »?

Massification par ceux qui ne voient pas que « le terrorisme est un effet et donc aussi une production du discours capitaliste qui par son ancrage religieux d' Autre absolu, insécurise tout et tout le monde dans la réalité morale de « son bien », dans le diktat de son « faire », dans l'en-fer de la guerre économique légale et « citoyenne »de tous contre tous ?

 

 

8 Conclusions temporaires

 

Dans cette affaire de Charlie Hebdo, en France, la troisième pièce au trépied qui n'en a que deux avérées aujourd'hui comme faisant l'humus de son fond - Dieu de colère, des ténèbres et dieu d'amour de pardon, de résurrection  - est ce que ni l'une de l'autre de ces religions ne peuvent encore admettre parce que cette figure de représentation est insupportable à l'image de Dieu comme garant de civilisation.

Le troisième pilier à mal de ne pas encore avoir été nommé comme nécessité civilisatrice, est le Dieu de l'athéisme, appelé l'Autrebarré par Lacan, un Dieu non seulement barré, et vide comme celui de maître Eckaert qui a inspiré Lacan, que pour finir, Lacan interprétera comme « une face de l'Autre, la face de Dieu, comme supportée par la jouissance féminine »

 

Que Lafemme, qui n'existe pas, dans la jouissance qu'une femme dans sa joiussance de femme, expose en l'éprouvant, que cela arrive dans l'amour d'une sexualité bien vécue, que cette femme, comme s'éprouvant dans l'altérité la plus profonde d'un anéantissement donné à l'autre du phallique, comme étrange « réalité de Dieu » puisse être ou devenir par le travail de la question du désir le terme d'un nouage dans le désir des hommes « à Dieu », et jouer alors présence orientante de l'Autre comme énigme de sa jouissance, voilà l'élément de scandale à approcher, pour tous ces hommes et ces femmes de l'Un.

Une approche et une traversée du scandale de cette jouissance subversive à l'ordre d'un « Tout Phallique », jouissance sexuelle placée par la jouissance des femmes en « cette face de Dieu » et qui pourrait alors rendre tous ces Uns dans leur nécessité, et malgré ce Un, à ce « Dieu dans le féminin»,hors de toutes les sanglantes batailles actuelles.

 

La psychanalyse en ce sens, est une religion mais pour en sortir. Son athéisme n'est pas « sans Dieu »...puisqu'il est avec cette énigme de la jouissance de l'Autre, féminine, une de ces faces.

 

Il faut croire à l'inconscient et au supposé savoir de l'analyste pour entrer en analyse, pour y déplier la souffrance de son symptôme, de sa jouissance. Symptômes qui disent très souvent l'emprisonnement, la fermeture dans l'Un mis au service du bien...que le discours du capitaliste vient redoubler.

Or, il n' y a pas que de l'Un. Il y a aussi pour la psychanalyse, une éthique du « pas tout », de l'hétérité.

L'hétérité est cette voie que porte la psychanalyse lacanienne. Voie d'un réel qui n'est pas sans son nouage dans le « dire que non »… qu'il n' y a pas que du Phallique, le « tout phallique » que l'on rencontre dans le toutalisant du discours du capitaliste… ce faux maître.

 

Et tout compte fait, le « faites l'amour, pas la guerre », aura été assez bon mot d'ordre dans ce qu'une époque avait justement épinglé, qui signalait par là une sortie par la désignation d'un lieu-celui de l'amour qui se fait- des engrenages sinon de la guerre lorsque le monde, le discours serait accaparé par un délire et une pratique de la totalité.

 

Que ferons-nous, nous, psychanalystes, pour à nouveau indiquer, signaler aux usagers de leur symptôme, une possible sortie ou un aménagement à ces cycles infernaux où les instances du pouvoir, du service des biens ramènent et enferment le possible dans l'espace d'un mode d'agir et de penser religieux, «  pensée unique »  de l' Un discours du bien.

 

Pour paraphraser quelques uns qui nous sont chers,

« La psychanalyse, oui, pas la pensée unique ! »

Daniel DEMEY 12 janvier 2015

 

 




 
 
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